L’antidote des oiseaux, par Valérie Chansigaud, chercheuse

Le Chardonneret, 1654, Carel Fabritius

Les éditions Hazan l’ont bien compris, il nous faut les oiseaux.

Il nous faut la légèreté, le mystère, la beauté.

Il nous faut un antidote à cette époque si pesante, si dramatique, si désespérante.

Somptueusement édité, avec un jaspage floral polychrome, le volume Les Oiseaux dans la peinture est un ouvrage de grâce, offrant à la gent ailée des pleines pages donnant l’impression d’une ample respiration et de liberté.

On ouvre ce livre de grand format sur la table du salon, et viennent à nous, depuis la Renaissance, des créatures faisant le lien entre le terrestre et le céleste.

Préoccupés par nos soucis, envahis par nos ruminations, nous oublions parfois que la beauté est à portée de main, qu’elle est disponible, qu’il suffit de faire un pas de côté.

Leur chant s’éloigne, les campagnes se désertifient, il faut sûrement, pour que le vivant reprenne ses droits, retrouve ses formes géniales, commencer par construire des conservatoires, ainsi ce livre.

Montrer, se rappeler, se battre peut-être, pour que la vie reste multiple et enthousiasmante.

Accompagné des textes très riches de l’historienne des sciences et de l’environnement Valérie Chansigaud, Les Oiseaux dans la peinture est structuré selon trois axes, La découverte du monde des oiseaux / Les oiseaux symboliques / Les oiseaux chez les hommes, soit une triple dimension écologique, mythologique-sacrée et domestique.

Mais pourquoi les oiseaux sont-ils à ce point superbes ? On peut avancer des hypothèses de séduction, ou parfois de camouflage, ou simplement penser, sans craindre la tautologie, que la beauté est parce qu’elle est.

Sommes-nous maudits de faire disparaître les oiseaux, qu’on aperçoit, précise la chercheuse, dès l’entrée de la grotte préhistorique Cosquer, à Marseille ?

Une femme, peinte dans une pose sensuelle, la courbe du sein visible sous le corsage blanc, les yeux mi-clos, tient à bout de bras une perruche (tableau de Louis-Emile Pinel de Grandchamp, imaginé entre 1865 et 1885) dans un ensemble coloré relevant de la merveille existentielle.

L’oiseau fascine, on le chasse, « proie, ressource, trophée », dans l’Egypte antique à l’aide de chats tenus en laisse, ou on lui parle, comme Saint François d’Assise.

Se succèdent ici des toiles de peintres majeurs (Giotto, Carel Fabritius, Albrecht Dürer, René Magritte, Jan Brueghel l’Ancien, Pierre Paul Rubens, Paul Véronèse, Rosa Bonheur, Piero di Cosimo, Jan van Eyck, Paul Gauguin…), ou moins connus (Carl Wilhem de Hamilton, Jacques Linard, Abraham Bisschop, Edward Adrian Wilson, Maître de Harford, Madeleine Lemaire…), le regard s’arrête, l’oiseau est un pinceau, une allégorie de l’art de peindre.

Valérie Chansigaud offre des éléments explicatifs, tout consonne (images/textes), on s’étonne.

Apparaissent, familiers ou exotiques, des chardonnerets, bouvreuils, paons, faisans, hérons, aras, canards, aigrettes, pintades, flamants roses, pélicans, autruches, dodos, lagopèdes.

Les oiseaux se donnent en spectacle, acteurs souples dont on perçoit cependant la forte personnalité.

L’enfant à l’oiseau, 1614, Pierre Paul Rubens

On n’est jamais loin du paradis, d’une forme d’incorruptibilité, d’un indemne salvateur.

Chacun élira bien entendu les tableaux qui le touchent particulièrement, par la composition, les couleurs, le cadre de vision, la façon de représenter la relation humain-animal.

Sera-ce Double mélodie, peint en 1918 par John Willam Godward ? Le Jardin des délices, peint entre 1490 et 1500 par Jérôme Bosch (l’ouvrage met l’accent sur des détails fabuleux) ? Mars et Vénus allégorie de la Paix, peint en 1770 par Louis-Jean-François Lagrenée ?

Le statut des anges est interrogé, ces hybrides d’oiseaux et de formes humaines.

On tourne les pages, mais il faut s’arrêter, rester longtemps avec chaque tableau, voleter autour des toiles.

Les Oiseaux dans la peinture procure beaucoup de joie, de paix et d’admiration.

Mais, inquiète, lucide, Valérie Chansigaud, de conclure ainsi : « Un monde sans oiseau ne serait pas seulement un monde silencieux. Ce serait un monde sans cette explosion de couleurs au printemps, sans ces silhouettes qui traversent le ciel, sans ces présences chantantes qui peuplent les arbres et les toits. Un monde terne, ennuyeux, où il ne resterait plus que la peinture pour se souvenir. »

Les Oiseaux dans la peinture, texte Valérie Chansigaud, directeur Jérôme Gille, responsable éditoriale Anne-Isabelle Vannier, assistée de Stéphanie Cosson, conception graphique de la couverture Jean-Marc Barriern mise en page Laure Baca, lecture et corrections Sandra Pizzo, fabrication Fabrice Verdelet, Editions Hazan, 2026, 240 pages

https://www.editions-hazan.fr/livre/les-oiseaux-dans-la-peinture-9782754118156/

Le lecteur.rice avisé.e pourra aussi se procurer, s’il aime la photographie, les volumes de la collection Les Oiseaux, publiés par Atelier EXB, confiés à des artistes majeurs

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