La vie populaire, l’art, par Tom Wood, photographe

Quel bonheur, alors que les soucis s’accumulent, que la bêtise ronge les meilleures volontés, que tout perd en substance dans l’océan numérique, d’ouvrir ce matin l’ouvrage de Tom Wood, Termini, publié par GwinZegal. Un malentendu plane sur ce photographe d’origine irlandaise installé en Angleterre : parce qu’il regarde les visages du peuple, son travail serait d’essence…

Être mordu, par Suzanne Doppelt, poète

« blanc sur blanc la lumière enlève les bords, métallique ou de plomb une couleur toxique sonne comme un silence dans ce cadre asséché, ils sont moitié immobiles entre le blé et le tabac trié enroulé et classé à même le sol antique tout pèse c’est un curieux sortilège domestique, un ennui si profond que doit…

Pour le moment, tout est calme, par Bertrand Cavalier, photographe

Berlin, Belfast, Budapest, Cologne, Le Havre, Londres, Rotterdam, La Haye, Sarajevo, Varsovie. Des villes marquées par l’Histoire. Une guerre en cours. De la violence passée affectant le présent. Les signes sont parfois ténus, une barre de fer tordue, une clôture un peu plus haute, plus menaçante, plus sécurisée encore que les autres. Cette recherche quasi…

La rue, le peuple, la vie nue, par Loïc Seguin, photographe

 © Loïc Seguin Half Light est un livre composé essentiellement de portraits. Half Light est un livre brut, brutal, très humain. © Loïc Seguin Des corps et visages de relégués, d’invisibles, de marginaux. Des corps et visages cabossés, violentés, fatigués. Les personnes qu’a rencontrées Loïc Seguin, par ailleurs capitaine de police, vivent à Paris, à…

Grandes gueules et cœurs en or, Blieke et Nicole, par Katherine Longly, photographe

© Katherine Longly Les retraités des classes populaires intéressent peu les photographes, plus tentés généralement par l’adolescence, la vitalité des enfants, ou la sensualité des jeunes couples. Blieke et Nicole vivent dans un chalet d’un camping de la grande banlieue de Bruxelles. Leur situation économique n’est pas somptueuse, mais ils s’aiment. Katherine Longly les a…

La condition des parias, par Lisetta Carmi, photographe

© Lisetta Carmi et Martini & Ronchetti Je demeure ébranlé par la vision en 2009 du film documentaire de Pietro Marcello, La Bocca del lupo, œuvre relevant, par son portait des bas-fonds de Gênes, de la puissance des mythes, montrant l’amour éblouissant et brut entre Enzo, un criminel multirécidiviste, et Mary, femme transgenre qu’il vénère…

Fernando Pessoa et Frédéric Pajak, à l’usage de la vie

© Frédéric Pajak « La plupart de ceux qui épousent une cause, écrit Frédéric Pajak, au mieux m’indiffèrent, au pire me répugnent. Plus la cause est honorable, plus ils aggravent leur cas. Ils partagent la même ferveur aveugle que les évangélistes, la même béatitude, la même conviction inébranlable, le même prosélytisme. Parmi eux, les économistes, ces…

My chief happiness manager est un salaud, par la revue Lignes, n°62

Le dernier numéro de la revue Lignes (62), consacré aux « mots du pouvoir et au pouvoir des mots », est excellent, qui offre à ses contributeurs la participation à un dictionnaire critique permettant, à la façon de Victor Klemperer, ou de Eric Hazan, de faire un état des lieux des maux langagiers pourrissant notre…

Les fleurs hermétiques du cante jondo, par Federico Garcia Lorca, poète assassiné

Au commencement était le chant. « Les vieilles gens emportent dans leur tombe les trésors inestimables des générations passées, et l’avalanche grossière et stupide des refrains actuels altère la délicieuse ambiance populaire de toute l’Espagne. » La publication en volume bilingue de la magnifique conférence prononcée en 1922 au Centre Artistique de Grenade par Federico Garcia Lorca…

De la fraternité, Albert Camus et Louis Guilloux, une correspondance

« Ce qui équilibre l’absurde, c’est la communauté des hommes en lutte contre lui. Et si nous choisissons de servir cette communauté, nous choisissons le dialogue jusqu’à l’absurde – contre toute politique du mensonge ou du silence. » (Albert Camus à Louis Guilloux – 5 janvier 1946) Dans l’atmosphère de meurtre et de petitesse morale…

Drames et beautés de la cour des miracles, par Magnus Cederlund, photographe

Tout ment, cache, masque, dissimule, sourit dans le faux. Tout se vante, se monte le bourrichon, épate sa galerie, s’enveloppe de discours comme on revêt la toge virile. Pourtant, il y a eux, les autres, les oubliés, les déglingués, les inconvenables, les relégués, les invisibles. Ce sont les êtres cabossés de Skin Close (Journal, 2018),…

Seuls, mais ensemble, Robert Doisneau-Maurice Baquet, une amitié

« Je tâcherai de garder la joie de voir les choses puisque de toute façon chaque type est seul, c’est comme ça, mon pauvre monsieur. » C’est évident pour beaucoup, peut-être, mais il n’y aurait pas Robert Doisneau sans Jacques Prévert, comme il n’y aurait pas Jacques Higelin sans Prévert et Cocteau, c’est-à-dire sans une…