Le royaume de Germaine Richier, une exposition au Musée Picasso d’Antibes

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« Dans la sculpture contemporaine, personne, peut-être, n’occupe une place aussi centrale, aussi cruciale. » (David Sylvester, On Germaine Richier, 1955)

En 1959 eut lieu au musée d’Antibes – Château Grimaldi la dernière exposition personnelle de Germaine Richier (1902-1959), à qui la Fondation Maeght rendit également hommage en 1996.

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Consacré pour une bonne part à son œuvre gravé et dessiné dans son rapport à la sculpture, une nouvelle exposition d’ampleur, accompagnée d’un catalogue publié par les éditions Hazan, est organisée, en partenariat avec le musée Beelden aan Zee de La Haye (Pays-Bas), à Antibes où le Musée Picasso l’accueille depuis soixante ans avec quatre sculptures installées magnifiquement sur une terrasse donnant sur la mer.

Traversant de façon inentamée le temps et les modes, ses œuvres sont toujours aussi saisissantes, êtres de bronze mi-humains, mi-animaux, créatures hybrides s’imposant dans l’espace comme si elles en prenaient immédiatement possession.

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« Il est un fait saillant dont l’historiographie devra un jour rendre des comptes, écrit l’historien de l’art et romancier Colin Lemoine (lire Qui vive, chez Gallimard, présenté dans L’Intervalle), dont il rapproche, après André Pieyre de Mandiargues, le destin critique de celui d’Honoré Daumier : jusqu’à aujourd’hui, Germaine Richier, maître en décloisonnements, aura été trop peu étudiée si l’on veut bien considérer l’ampleur de son œuvre, sa puissance souveraine, son indépendance nue, son désir infrangible de travailler à l’abri et à l’écart des lieux communs. »

Peu adepte des esquisses préparatoires, Germaine Richier a moins dessiné que sculpté, incisant l’argile, scarifiant ses surfaces, recouvrant de lignes ses formes étranges, créant des gestes d’intensité, de la tension.

La gravure lui convient particulièrement pour son côté physique, le choc d’une main rencontrant une matière, l’engagement du corps presque brutal quelquefois dans le trait, le métier que suppose l’art de l’estampe et ses possibilités de variations multiples.

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Apparaissent des araignées, des mantes religieuses, des sauterelles, des têtes bizarres, pour la plupart transformées bientôt en volumes dans l’inspiration renouvelée des Métamorphoses d’Ovide.

Ses animalcules sont à la fois touchants et effrayants, agressifs et vulnérables, dérisoires et considérables présents.

Tout commence chez elle par une observation fine de la nature et de ses éléments premiers, les pierres, les feuilles, les insectes.

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« J’ai peur de la nature, elle est méchante », a-t-on pu l’entendre déclarer, l’acte artistique prenant alors valeur d’apprivoisement et de confrontation avec l’effroi.

René de Solier décrit ainsi ses œuvres : « Les sculptures de Richier ignorent l’homme lisse et morne, réduit au buste ; elles retrouvent un âge de lumière, les failles, les ravines plus ou moins meurtries. »

La romancière Dominique Rolin, citée par Valérie Da Costa, présente ainsi l’une de ses œuvres vue dans son atelier : « Près du gros poêle rougeoyant se dressait un homme nu, les bras écartelés dans le geste de la crucifixion. Il était excessivement vieux, avec un ventre énorme, son sexe gris, la plaie maladroite du nombril et ses jambes desséchées, mais il se tenait parfaitement immobile malgré le léger tremblement qui l’agitait. Le modèle, tout pénétré de sa mission, vivait son martyre, et pourtant il était déjà statue, davantage statue que les œuvres de bronze ou de plâtre dont l’environnaient les durs et patients fantômes. »

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Il y a chez l’artiste de visions de la magie noire, héritée d’Odilon Redon et de Jean Dubuffet, exprimée en des formes pouvant faire songer parfois à Giacometti.

Germaine Richier va à l’os, à l’essentiel, à la structure même de l’être, en dévoilant des aspects méconnus, fantastiques, terrifiants.

Ses personnages ont parfois la tête à l’envers, tels des spationautes monstrueux testés dans leur capacité d’équilibre.

L’art de Richier est stupéfiant, qui nous fait entrevoir la proximité d’un ailleurs aussi familier et étrange qu’un phasme dans la salade du dimanche.

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Germaine Richier la Magicienne, par Jean-Louis Andral, Valérie Da Costa, Feico Hoekstra, Colin Lemoine et Sarah Wilson, éditions Hazan, 2019, 144 pages – 150 illustrations

Editions Hazan

Germaine Richier la Magicienne est le catalogue officiel de l’exposition éponyme présentée du 6 octobre 2019 au 26 janvier 2020 au musée Picasso d’Antibes, puis au musée Beelden aan Zee de La Haye à partir de mars 2020

Musée Picasso – Antibes

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Se procurer Germaine Richier la Magicienne

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Matatoune dit :

    Que ce livre doit être passionnant ! Merci beaucoup pour le partage !

    J'aime

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