Nés dans le ventre de la terre, par Stéphane Lambert, poète

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© Anne-Sophie Costenoble

« bestiaire // polychrome // main // tendue // respiration // immobile // du temps // écoulement // des formes // signaux // mystérieux // nuit // surgie // de la nuit »

L’existence poétique, voilà la clef.

Tout le reste est tromperie.

La musique avant toute chose, la prosodie, les images déroutantes, le verbe en sachant plus que les mots, le jaillissement du foutre langagier.

Au commencement, dans la caverne, il y a des cris, des psalmodies, des chants, des paroles peut-être.

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© Anne-Sophie Costenoble

Il y a des monosyllabes, quelquefois des trisyllabes, rarement plus, mais ils se remarquent, s’entendent : éblouissement, concentration, bondissement, bourdonnement, immensité.

Tout au fond, accroupi, tête cernée d’un bandeau surmonté de bois de cerf, il y a Stéphane Lambert, écrivain du XXIème siècle, frère des plus anciens troglodytes.

Ecriture première, publié à La lettre volée, est une traversée du temps, un recueil de poésies passant de l’art pariétal aux peintures de Gerhard Richter, Evi Keller – l’écoulement des forces naturelles – et Mark Tobey – ses fourmillements de signes -, aux œuvres de l’artiste sud-coréen Lee Ufan – des traces ouvrant des espaces de méditation -, et au Teshima Art Museum (Japon).

Du grognement à l’ascèse, même combat.

Beaucoup de silence, quelques signes sur la page, le poids de chaque mot comme des percées de lumière.

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© Anne-Sophie Costenoble

Tout ceci se lit l’esprit ouvert, afin que chacun laisse se former en lui un tableau.

« le sacré / habite / le non-là / de la prière / adressée / à ceux / qui liront / son adresse »

Face aux œuvres de grands artistes contemporains, ne pas abandonner la logique, l’étonnement, la peur, la présence pleine des premiers hommes.

Devant Mark Tobey : « partant / de l’expérience / tactile / concentrée / dans la plus infime / vibration /               tirer le fil / de la pelote / sensorielle / jusqu’à déplier / la carte / du mystère »

Devant Lee Ufan : « encre plongée dans le vide /// vide ensemençant la matière »

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© Anne-Sophie Costenoble

Devant Gerhard Richter : « que voir // à travers // un autre regard // qui voit // à travers »

Au Teshima Art Museum (Rei Nato / Ryue Nishizawa) : « une goutte / d’eau / éclot / se meut / chemine / et meurt »

Avec Evi Keller : « frottement // du feuillage // sur la plaie ////////// hors de soi // entendre // soufller // le moi universel »

Pourquoi écrire ?

Parce que le rien, le vide, l’invisible, le premier jour, le gel du temps et son explosion.

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Stéphane Lambert, Ecriture première, La lettre volée, 2020, 102 pages

La lettre volée – site

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