
©Orianne Ciantar Olive
« Disque jaune, / scintillant. / Bord infini, / cercle sans fin. / Cercles qui dessinent des cycles, / qui forment des cercles / à l’infini. / Lorsque le pouvoir est prestige, / le chemin est échafaud. / Et de bourreau, / on meurt néant. » (Orianne Ciantar Olive)
Publié avec beaucoup de soin et d’invenvité formelle, Les ruines circulaires, d’Orianne Ciantar Olive, frappe immédiatement par sa qualité éditoriale et le sentiment d’expérimentations constantes qu’il procure.
Le regard est mobilisé, la pensée est déroutée, il y a de l’exil et des chemins de sens qui ne sont pas linéaires.

©Orianne Ciantar Olive
Les images, parfois solarisées et imprimées sur des papiers de dimensions et textures différentes, sont en couleur et noir & blanc, chacune est un monde, une totalité, mais aussi le fragment d’une mosaïque mentale.
Où sommes-nous ? Dans quel territoire géophysique ? Dans quelle contrée frappée par la violence et la beauté du mal ?
Nous sommes pour la photographe à Nabil, qui est ce pays où se succèdent les difficultés, le Liban, comme s’il avait la tête à l’envers.

©Orianne Ciantar Olive
Un pays inversé, renversé en quelque sorte, mais dont le cœur bat puissamment en chaque image de l’artiste transcendée par une poésie des limites, sans concession, radicale, brute, sublime.
Les corps sont endormis, évanouis ou de guingois.
Ils se rapprochent, nimbés de lumière, comme lors d’une expérience de mort imminente.
Le substrat général est cinématographique, façon new-yorkaise teintée d’esprit méditerranéen.

©Orianne Ciantar Olive
Tout pourrait se déchirer, les pages, les images, les scènes vues, et il faut bien le maintien d’une reliure à spirale pour croire encore à la bonne tenue de la réalité.
Tout se disperse, mais tout est encore présent, entre barbelés aux épines de fleurs fantastiques, inscription godardienne Made in USA, et palmiers surmontant un cimetière.
Les murs sont griffés, devant lesquelles passent des silhouettes difformes, le feu est partout, dans les rues, dans les cerveaux, dans les yeux.

©Orianne Ciantar Olive
Au sud Liban, il y a le mur de séparation de Kfar Kila, cet arrêt dans l’espace mettant au défi de le traverser paroles et prières.
Les ombres interrogent : sont-elles derrière nous, comme une origine, un inconnaissable, ou annoncent-elles l’avenir ?
Sur l’herbe brulée, alors que la lune rousse s’est levée, les brebis paissant sur la pente d’une colline, sont les enfants du sacrifice.
Des habitants ont fui, commerces et logements sont à louer, pour nul occupant.
Les comptes en banque sont vides.

©Orianne Ciantar Olive
Les canons de la guerre transforment l’espace en abstraction, une main ramasse une douille, c’est une cigarette dans un brasier.
Impacts de balles, visages argentés surgissant du fond de la nuit, vagues de chaleur et de meurtres.
Orianne Ciantar Olive écrit encore superbement : « Dans un monde où le cours de la violence serait inversé, / les larmes couleraient-elles / le long de nos fronts ? / Et le sang rejoindrait-il la mer du ciel ? // Si le Soleil se levait à l’ouest, / pour se coucher à l’est, / où le Phénix irait-il enterrer son père ? // Nabil, perçois-tu dans ce marc de café, / nos destins en orbite, / cette ombre impossible à conter ? // Les héros meurent parce que le monde tourne, / tourne autour du Soleil, / qui lui-même se meurt. »

©Orianne Ciantar Olive
Le soleil devient violet, mauve, orange, c’est une blessure, un hématome en évolution, bientôt une explosion dans les veines.
Que peut la foi contre les missiles ?
Les photographies n’arrêtent pas les guerres, mais l’art sauve l’âme, et il n’y a qu’un seul monde, circulaire.

©Orianne Ciantar Olive
Tyr est un arbre penché face à la Palestine.
On passe sous les arcs de triomphe des larmes.
Un jour, peut-être, nous n’aurons plus peur.

Orianne Ciantar Olive, Les ruines circulaires, poèmes Orianne Ciantar Olive, postface Sabyl Ghoussoub, direction éditoriale Margaux Beaughon, graphisme Bureau Kayser, editing Agathe Kalfas, Dunes Editions, 2024 – 1000 exemplaires
https://orianneciantarolive.format.com/#1
https://fr.dunes-editions.com/

https://fr.dunes-editions.com/lesruinescirculaires

©Orianne Ciantar Olive
Lancement et signature du livre au BAL (Paris), 11 septembre 2024, 18h