La chambre des mystères, par FLORE, photographe

©FLORE

« En fermant les yeux, elle revoit cet été-là, blanc de lumière, éclaboussé de soleil. » (FLORE)

Dans son exposition à la galerie Clémentine de la Féronnière, Les rêveries de Lavinia, comme dans son ouvrage très beau publié sous la forme d’un leporello, FLORE a créé une chambre des mystères.

On peut y entendre bruire doucement, comme par vagues de murmures, la profondeur d’une parole intérieure résonnant de pièce en pièce, de paysages en natures mortes, de fragments de statues en densité brute de pierres lithographiques imprimées, présentées sur des socles blancs comme des songes condensés.

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Il y a de la soie, des flottaisons d’images, la noblesse de palais accueillant avec sérénité le souffle du temps et les inévitables dégradations qu’il induit.

Les rêveries de Lavinia se déroule en Italie, ce pays protégé par l’art, entre puissance du Jadis et volupté vécue au présent.

Lavinia pourrait être le titre d’un livre romain de Marguerite Yourcenar, dont rien n’empêche de penser que FLORE ne prolonge l’imaginaire.

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On a quelquefois rapproché aussi l’œuvre de l’artiste de celle de Marguerite Duras pour la grâce des ellipses, cette façon d’atteindre le sens en laissant comprendre qu’il est un territoire ouvert, et la construction de visions donnant le sentiment d’une hypnagogie – comme des dépôts d’images très lointaines, presque archétypiques, dans l’inconscient de chacun, que l’art à son plus haut degré de perception révèle -, FLORE travaillant au cœur de la sensation.

Correspondances, lancerait probablement Baudelaire.

Luxe, calme et volupté, ajouterait sans nul doute avec lui Mallarmé.

Je vous dois la vérité en art, et je vous la dirai, compléterait Cézanne.

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Au format 6×6, FLORE transmet des rêves outrepassant les frontières étroites du moi – de l’ordre d’un flux de méditations océaniques -, et le trésor de villes ou de demeures préservant encore la possibilité du beau comme âme commune.

Ses images de grande pudeur – comme s’il fallait sauvegarder une part de retrait dans le visible -, sont des empreintes de signes ténus témoignant d’une vie secrète, et d’une sensualité gorgée de délicatesse.

Le flou est une brume, le soleil fait éclater la grenade, une sculpture d’albâtre se met à marcher.

Imprimé sur papier japonais Takeo, Les rêveries de Lavinia, dont la matière même évoque la précision et l’intelligence artisanale du geste lithographique, propose à son regardeur d’entrer dans un espace où chaque image offre l’expérience d’une initiation : vivre dans le neuf sans cesse reconduit, dans le large de la sensibilité, dans l’inentamé.

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Dans une lettre à FLORE imprimée sur feuillet détachable, Marie Robert écrit superbement : « Quand j’étais italienne, je contemplais, je scrutais, je considérais plus que d’habitude. Je voulais tout garder, les choses et les êtres croisés, pour plus tard, pour quand ce serait fini. A peine avais-je humé le parfum du fragile basilic planté dans le potager d’à côté de la cabane, que je le savais déjà basculé dans le futur antérieur. En le regardant, je me disais : « il aura été ». J’aurai été. Nous aurons été. Tes clichés, ma chère Flore, me rappellent ce bouleversement inouï et m’invitent désormais à réinventer cette expérience transformatrice. »

Ça a été, c’est – selon la logique des métamorphoses -, ça sera.  

FLORE, Les rêveries de Lavinia, textes FLORE et Marie Robert, conception graphique Adrian Claret et FLORE, Maison CF, 2024 – 600 exemplaires numérotés

https://www.flore.ws/

https://www.maisoncf.fr/

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Exposition éponyme à la galerie Clémentine de la Féronnière (Paris), du 12 septembre au 21 décembre 2024

https://www.galerieclementinedelaferonniere.fr/exhibitions-paris/

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