
©Stéphanie Roland
« L’absence est terrifiante et nous avons parfois besoin de la combler en racontant des histoires. Toute histoire doit avoir un début. Mais son origine est souvent insaisissable, perdue dans le temps. » (Stéphanie Roland)
Connaissez-vous le phénomène des îles fantômes ?
Ce sont des îles qui ont été mentionnées sur des cartes, quelquefois pendant plusieurs siècles, que l’on a cru réelles, mais dont l’existence n’était que fictive.

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Avec son second livre publié aux éditions néerlandaises The Eriskay Connection, Isle of seven cities, Stéphanie Roland offre à ses spectateurs une exploration troublante de ces îles imaginaires, produites selon la logique d’intérêts géopolitiques, de légendes, des rumeurs et même, quelquefois, de canulars.
Composé de photographies et de vidéogrammes, cet ouvrage bleu noir possède une matière très riche, très belle, très inspirante.
Les histoires de l’île d’Eon, de l’île Hy-Brasil, de l’île d’Aurora, d’Antilia, de l’île des Démons, de l’île de Californie et de l’île de Podesta sont racontées à la fois textuellement et visuellement, Isle of seven cities, mêlant archives et images contemporaines, fabriquant une sorte de méta-île extrêmement séduisante.

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Publié sous jaquette résillée, comme quelque toile marine, mais aussi tel un voile laissant entrevoir le fantôme d’une île imprimée sur la couverture – presque une structure végétale -, Île des sept cités commence dans le noir, à la façon d’un mythe de création.
Des formes, des lumières protoplasmiques, des abysses.
On entre dans les paysages comme on pénètre un rêve, vagues, écume, roches polies, silhouettes dans le lointain.

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S’il fallait rattacher ceux-ci au domaine de la peinture, ce seraient des marines doublées de nocturnes.
L’œil s’habituant au noir devine des mouvements, décèle des vibrations, entre dans l’immémorial.
Le profil d’un enfant, une brume cérébelleuse, des spectres, des roches émeraude.
L’île de Podesta, réapparue sur Google Earth en 2010, fascine : découverte au large du Chili par le capitaine Pinocchio en 1879, cette île pourtant inscrite sur une carte marine jusqu’en 1935 – mais toujours revendiquée par le Chili – semble cependant ne jamais avoir existée.
Que comprendre ? Que conjecturer ?

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Où mènent ces passerelles photographiées ? Qui les a construites ? Qui a plié ces arbres ? Comment peut-on vivre ici ? Et ce cromlech ?
Pour Lacoste, la photographie sert à faire la guerre, certes, mais pour Stéphanie Roland, la géographie sert aussi à produire des fictions, entre naissance des monstres et territoires naturels d’essence fantastique provoquant un profond sentiment de solitude.
De l’effroi, oui, parfois, mais surtout une sorte de stupeur menant à l’introspection.
Et si ces îles représentées ici n’étaient autres que nos espaces intimes extériorisées ?
Une barque, une lueur, du feu.
Des navires échoués, du plancton, un paradis ambigu.

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L’Atlantide – lire Critias, de Platon – se serait-elle inspirée de la mystérieuse île d’Eon ?
« Sa description varie selon les sources mais la majorité des témoignages se rejoignent sur un point intriguant : des sons mystérieux, particulièrement stridents et répétitifs étaient perceptibles chaque fois que l’on approchait de l’île. Or, quand les équipages y débarquaient, ils étaient surpris par l’absence totale d’oiseaux et ne pouvaient donc pas identifier l’origine de ces sonorités si particulières. »
Île des sept cités a la beauté des contes étranges racontés dans la nuit.

Stéphanie Roland, Île des sept cités, direction of photography Jorge Piquer Rodriguez, design Rob van Hoesel, The Eriskay Connection, 2024, 160 pages – 750 copies
https://www.stephanieroland.be/

https://www.eriskayconnection.com/author/stephanie-roland/

©Stéphanie Roland
https://www.eriskayconnection.com/isles-of-seven-cities/
