
©Kitajima Keizo
Vous aimez le Japon ? Vous rêvez de vous y rendre très vite ? Vous y allez régulièrement ?
Oui ? alors, aimez aussi, loin des représentations convenues sur l’équilibre, l’élégance, le raffinement extrême, ce qui est son envers, la destruction, la fureur, la catastrophe.
Onzième volume d’une série de livrets photographiques en comportant plus d’une vingtaine, Untitled Records, de Kitajima Keizo, est consacré aux conséquences désastreuses du tremblement de terre de Tohoku en 2011 – zone sinistrée de Sanriku – et des accidents nucléaires de Fukushima.

©Kitajima Keizo
Comprenant des images prises entre les années 2011 et 2013, à Yamada, Ishinomaki, Onagawa, Minamiransiku, Kesennuma, Rikuzentakata et Funakoshi, cet opus est aussi effrayant que sublime dans l’esthétique des ruines qui le constitue.
Le format est celui d’un vinyle 78 tours, faisant entendre un chant de désolation, comme un thrène.
Voyons-nous notre passé, notre présent ou notre futur ?

©Kitajima Keizo
Une digue s’est effondrée, il y a une forme ressemblant à une embarcation emportée par la rage des flots, tout est boueux, jonché de détritus.
Un bateau renversé s’est écrasé contre la toiture d’une maison, une autre a dû s’envoler, des oiseaux sont posés sur des murs déchiquetés comme du papier de haut grammage.
Par le systématisme de son cadrage et la façon très calme dont il rend compte de phénomènes d’une rare violence – loin de l’esthétique post-Provoke qui peut le caractériser -, Kitajima Keizo crée l’effroi, sans nullement accentuer le drame des situations.

©Kitajima Keizo
On bâtit, on édifie, on cherche les justes proportions, et finalement tout se dérobe et chute tel un château de carte, ou de sable.
Il y a ici de l’incongruité dans l’interaction des éléments rassemblés, enchevêtrés, enlacés, juxtaposés par le cataclysme, une voiture écrasée par un navire de pêche, un escalier pulvérisé, des monceaux de déchets hétéroclites.

©Kitajima Keizo
Simplement agrafé, Untitled Records vol.11 ne joue pas au geste arty, mais interroge sur la dialectique de la grandeur et de la misère, de la puissance et de la précarité, de la mesure et de la démesure.
Tout se déplace, tout se transforme, à la fin c’est la mort qui croit gagner, mais c’est la vie qui continue.

Kitajima Keizo, Untitled Records, vol.11, KULA (Tokyo), 2017