
©Florence Cuschieri
« Nous étions quatre copains, du même quartier, on est partis ensemble. Heureusement nous sommes tous arrivés sains et saufs. On est tous en Europe maintenant. »
La première monographie de Florence Cuschieri, publiée par les éditions Chose Commune, est un acte de foi.
Envers l’espoir de vie digne malgré les indignités, envers le courage, envers la photographie comme espace de témoignage, de liberté et d’invention.
Se présentant sous reliure souple avec dos nu, La ronde des hirondelles est essentiellement un livre de paysages, montrant le territoires des Alpes, du côté de Briançon, que traversent en clandestin hommes et femmes en exil.

©Florence Cuschieri
Les corps sont fragmentés, les visages sont généralement peu visibles, il y a des objets abandonnés le long de la route.
La ronde des hirondelles montre un espace géophysique qui est aussi un lieu mental, comme si le spectateur, désorienté, hagard lui-même, entrait dans l’anonymat d’une odyssée angoissante.
Les arbres et roches ont-ils des souvenirs ?
Qu’auront-ils vu des anonymes les frôlant dans leur marche vers un avenir meilleur ?

©Florence Cuschieri
La nature est généreuse, très belle, lumineuse, mais elle est vécue comme une cache, puisqu’il faut bien se soustraire aux regards potentiellement inquisiteurs, et aux milices de la haine.
Le choix des images imprimées sur double-page – à lire de façon horizontale ou verticale – offre une vision large des chemins d’errance.
La forêt est un abri, les végétaux sont abordés dans la répétition de leur motif, la couleur est un cadeau de restitution de vie offert aux émigrés.

©Florence Cuschieri
Chez Florence Cuschieri, l’aspect documentaire des images n’est jamais disjoint d’une approche poétique des sujets.
On peut contempler longuement chacun de ses tableaux photographiques, tout en interrogeant leur charge informationnelle.
Les pierres sur le chemin disent la difficulté de la progression, les herbes écrasées la lourdeur des pas, les cascades la mémoire et l’oubli.

©Florence Cuschieri
Il y a une chaussure délaissée, des vêtements jetés, des branches coupées, et des futaiens silencieuses.
Des paroles sont reproduites, sans nom d’auteur : « C’est toi et ta chance. »
« Ils ne se soucient pas de vous. S’ils vous arrêtent, ils vous dépouillent et vous tabassent. »
« Les deux personnes qui me manquent le plus sont mes parents. Les parents, ils sont tout. Ils ont commencé à me manquer dès le premier jour, dès que j’ai quitté le Maroc. »
Aucun pathos dans La ronde des hirondelles, mais beaucoup d’émotion, d’empathie, de solidarité inconditionnelle.
Dans sa souveraineté, la nature accueille ou repousse les destins humains, bien moins cruelle que les esclavagistes modernes.
Fatigue, découragement, marche en avant.
Froidure, blocs de glace, corps qui gèle.

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Derrière le col de Montgenève, c’est la France, et la maison autogérée que beaucoup de clandestins rejoignent, appelée Chez Marcel en hommage à son propriétaire décédé.
Que répond aujourd’hui le pays de Victor Hugo aux déplacés, aux misérables, aux exténués ?
Rouvrir le monde, tel est l’enjeu, prendre la route ensemble, se poser, discuter, manger ensemble.

Florence Cuschieri, La ronde des hirondelles, textes en français/anglais/arabe, éditing et séquence Cécile Poimboeuf-Koizumi, conception graphique Cécile Poimboeuf-Koizumi, en collaboration avec Perrine Serre, Chose Commune, 2025, 172 pages

https://chosecommune.com/fr/produit/la-ronde-des-hirondelles

https://www.instagram.com/florence.cuschieri/?hl=fr

©Florence Cuschieri
https://www.ateliersmedicis.fr/le-reseau/acteur/florence-cuschieri-31644
Ce livre est le lauréat de la 10e édition du LUMA Rencontres Dummy Book Award Arles 2024. Sa publication a été rendue possible par le soutien des fondateurs du prix : Les Rencontres d’Arles & LUMA Arles. Chose Commune reversera une partie des recettes de ce livre pour soutenir le travail mené par l’association Chez Marcel, le refuge qui a ouvert ses portes à Florence Cuschieri, lui permettant de réaliser ce travail
https://reporterre.net/Chez-Marcel-havre-autogere-sur-la-route-des-migrants

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