Rodin à l’atelier, par Jean-Yves Cousseau, photographe

©Jean-Yves Cousseau

Le livre Rodin, de la main à l’airain, de Jean-Yves Cousseau, est construit comme un corps.

Certes un corps, et même, pour reprendre l’expression-concept de Gilles Deleuze, une machine désirante.

Composé de photographies de fragments de sculptures, de gestes de fondeurs et de mouleurs, de matières et de ciels, Rodin inscrit l’artiste génial dans une activité permanente.

©Jean-Yves Cousseau

Il est là, au présent, dans une énergétique considérable, on pourrait presque l’entendre râler, tonner, s’enthousiasmer.

L’ouvrage est lourd, c’est une pièce en tant que telle, une main ferme posée sur la table.

Cadrages serrés, impression de vie bouillonnante, animée par le feu de la passion des différents intervenants donnant au quotidien un souffle aux œuvres du maître.  

©Jean-Yves Cousseau

Rodin, De la main à l’airain, est un livre sensuel, ses photographies en noir et blanc relevant quelquefois du rêve érotique éveillé.

Rêves de pierre, comme l’écrit si bien Charles Baudelaire.

On travaille ici, on emballe, déballe, monte des expositions.

On prend soin, on accompagne la métamorphose, on souffre dans l’acte de création.

Rien n’est vraiment achevé, il faut reprendre, continuer, persévérer.

©Jean-Yves Cousseau

Balzac est là, et les bourgeois de Calais, et les nymphes renversées.

Mais Jean-Yves Cousseau ne s’enferme pas dans l’atelier, il lui faut l’air, les paysages, une main de femme dans une voiture.

Il y a continuité entre l’œuvre se créant ou recréant, et la quotidienneté.

Jean-Yves Cousseau montre un Rodin non achevé, s’achevant, se reprenant, s’inventant.

Vivant.

Fumées, gants, pelle, outils abandonnés.

De la poussière, des blocs chus, l’art du feu.

©Jean-Yves Cousseau

Le sol crisse, une corde passe à travers la bouche de pierre d’une femme étendue.

Mains autonomes comme chez Cocteau.  

Les sous-sols de l’atelier de Meudon prennent vie.

Des cires, des ombres, des blocs moulés gisant dans un fracas primordial.

Saletés et merveilles.

Nudités craquelées.

Détails somptueux de la Porte de l’Enfer.

Ventre rond, regard intense, femmes messagères.

©Jean-Yves Cousseau

Sculpteur de mots, Jean-Yves Cousseau écrit : « Lovés sur le ventre d’un colosse étendu : matoir et bigorne, échoppe et pointeau, burin, boësse, gouge et guilloche. Posés sur le flanc d’un creuset taciturne, happes, tringles et pinces, en attente. »

Sensation de participer à la fonte d’une sculpture, nous sommes avec Rodin dans les forges de Vulcain.

Eclaboussures, chaînes, palans.

Passe une Vénus callipyge.

Est-elle de chair ou de peau minérale ?

On pénètre les réserves de Meudon, on découvre des formes, on est soi-même esclave, étranglé, tourmenté.

Puissance, désir, monstruosité splendide.

Souvenirs émus de l’écolier que j’étais à Calais, découvrant la nudité des Bourgeois, sur la place publique, face à la mairie, et au musée des Beaux-arts, cette chambre des mystères.

Jean-Yves Cousseau, Rodin, De la main à l’airain, préface (français/anglais) Alain Madeleine-Perdrillat, texte Jean-Yves Cousseau, Art3-Plessis éditions, 2025, 208 pages

https://www.jycousseau.com/

https://www.plessis-art3.fr/produit/rodin-de-la-main-a-lairain/

Laisser un commentaire