Vers le sauf, par Claire Amaouche, artiste visuelle

©Claire Amaouche

Pour trouver l’indemne, Claire Amaouche s’est éloignée, s’est égarée, s’est installée loin des humaines folies.

Elle a fait dériver aussi sa pratique première de photographe vers le dessin et la peinture.

De matière hybride, opérant la rencontre de la photographie argentique et du trait graphite, Of all the wild paths, livre publié à Athènes par Zoetrope, est un hymne à la solitude choisie, à la nature en sa puissance première, à l’éternel féminin.

Une créature étrange parcourt ses images faisant songer à quelque entité gigantesque peinte par Goya.

©Claire Amaouche

Se mêle ici le spectacle du sublime des paysages fondamentaux, et la présence d’une force féminine, telle une Atlante faisant le lien entre la terre et le ciel.

Publié sur beau papier épais, et couturé de rouge, Of all the wild paths entraîne son spectateur vers le grand Nord.

Ce sont des découpes de roche dans la brume, des névés, des pluies de chimie argentique donnant la sensation d’images rescapées ou sauvées du néant.

Flottent dans les airs des sylphides séduisantes, métaphorisant la propre place en ces confins d’une artiste travaillant sur la crête distinguant à peine le rêve de la réalité.

©Claire Amaouche

Les pages blanches sont des surfaces de méditation, blocs d’aveuglement ou icebergs inentamés.

On marche avec une exploratrice découvrant sous ses pas des taches noires et blanches inventées à mesure de sa progression dans le paysage.

De la peinture rouge, des gouttes d’aquarelles, un mystère de formes.

On est regardés peut-être plus qu’on regarde, un drôle de monstre est là, derrière un arbre.

©Claire Amaouche

Claire Amaouche révèle un champ énergétique, une sorte de chaosmos (Kenneth White) où dansent des papiers découpés matissiens.

Océans, déserts, d’eau, de sable, de glace, de roches.

Un poème s’écrit : « Rien ne remplace l’odeur de la forêt. Un sentier au fond des bois, une tente plantée en hâte, à la tombée de la nuit. / Une petite cabane perchée dans les arbres, dans laquelle on s’endort volontiers, bercé par le mouvement des troncs pliés par le vent. / Entre deux marches d’été dans des prairies brûlées, la fraîcheur du feuillage est salvatrice. On somnole à l’ombre d’un arbre. / A combien de visiteurs abattus ont-ils prêté une épaule rassurante ? »

©Claire Amaouche

La tonalité générale du corpus de l’auteure est celle de la radicalité romantique, et d’une forme de terreur douce face à l’incommensurable.

On pense à la Femme à la fenêtre de Caspar David Friedrich, à la confrontation entre une âme et un paysage originel.

Peuplé d’images spectrales, Of all the wild paths procure pourtant beaucoup de paix.

©Claire Amaouche

Les Grands Transparents qu’évoquait en 1942 André Breton sont là.

Claire Amaouche, Of all the wild paths, design Yorgos Yatromanolakis, Zoetrope Athens, 2025 – 250 exemplaires numérotés

https://www.claireamaouche.com/À propos

©Claire Amaouche

https://leporello-books.com/en/prodotto/de-tous-les-chemins-sauvages-2/

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