Le Domaine de Boissor, une utopie sociale, par Gaël Bonnefon, photographe

©Gaël Bonnefon

Le Domaine de Boissor, situé non loin de Cahors, est plus qu’un domaine, c’est un royaume, et désormais un livre de Gaël Bonnefon qui y fut reçu en résidence de février à juin 2025.  

De matière hybride, compilant images d’archives – soixante années de souvenirs – et photographies contemporaines, Grand Domaine est un ouvrage célébrant l’effort et la joie de vivre ensemble, que l’on soit accueilli en IME (Institut Médico-Educatif) ou en ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail), accompagné par de nombreux travailleurs sociaux et autres salariés.

Le Domaine de Boissor est un microcosme, un territoire utopique, une idée de la fraternité et de l’entraide.

©Gaël Bonnefon

« Blotti entre les vignes et les coteaux de la vallée du Lot, précise en postface Gaël Bonnefon, c’est un lieu qui affirme combien il y a une place pour chacun de nous dans ce monde. »    

Grand Domaine est le fruit d’un travail collaboratif, des sténopés ayant été fabriqués sur place.

Il s’agit d’acter une continuité, de favoriser des liens, de partir du plus quotidien, et d’élargir ensemble les frontières du possible en ouvrant l’imaginaire et les pratiques.

Comme un éloge, au sein de l’institution, du singulier universel, du partage, du faire ensemble.

©Gaël Bonnefon

Des ateliers d’apprentissages, des activités culturelles et sportives, des sensibilités qui se rencontrent.

Une collectivité inclusive.

Gaël Bonnefon montre tout cela avec beaucoup de délicatesse.

Des enfants, des jeux, des promenades, des baignades.

Des activités en groupes.

Une sorte de robinsonnade encadrée.

©Gaël Bonnefon

On pense, dans un autre contexte, aux lieux rares où s’est inventée la psychothérapie institutionnelle, à La Borde avec Jean Oury, à Saint-Alban avec François-Tosquelles, la logique générale étant de ne pas séparer, de vivre en interaction, de former société.

Gaël Bonnefon a retrouvé des images qui fleurent bon les années 1970.

On bâtit, on édifie un rêve, on essaie de recevoir chacun avec la plus grande dignité.

Il y a ici un parfum de nostalgie, mais qui s’attache aussi au temps présent, comme par anticipation, tant il est difficile de maintenir en vie au plus haut niveau, dans la pensée comptable d’aujourd’hui, des lieux de haute humanité – lire chez Verdier le cri d’alarme d’Emmanuel Venet, Retour chez les fous.

©Gaël Bonnefon

Les adultes sont au travail – jardinage, blanchisserie, repassage, imprimerie… – en un espace protégé par des collines verdoyantes.

Se soucier des plus vulnérables, ne pas les considérer comme des surnuméraires, savoir mettre en commun les imaginaires, sont des marques de civilisation.

Qui est le plus fragile, le plus décalé, le plus embarqué dans son symptôme ? Le patient, le soignant, le photographe ?

Grand Domaine montre que la vie en commun peut être belle, tout en préservant le besoin de solitude et de retrait de chacun.

Gaël Bonnefon,Grand Domaine, postfaces Jean-Louis Bonnet, Marie Christine Conduché – Françoise Vandermesse, Xavier Poupart, Marc Toulza, Gaël Bonnefon, Domaine de Boissor, 2025 – 400 exemplaires

http://gaelbonnefon.org/

https://www.boissor.fr/

https://editions-verdier.fr/livre/retour-chez-les-fous/

https://www.leslibraires.fr/livre/24539504-retour-chez-les-fous-cent-ans-apres-albert-londres-emmanuel-venet-verdier?lintervalle

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