En haute vallée, par Stephen Kelly, photographe

©Stephen Kelly

Crest, de Stephen Kelly, est une nouvelle fois une grande réussite des éditions portugaises XYZ Books – qualité de l’impression, de la maquette, du rythme dans le séquençage, de la typographie, de la tenue en main de l’ouvrage.

Presqu’aucun texte, si ce n’est un bref poème de grâce et de silence de Bashô, et la mention que les images ont été produites dans la vallée Onsernone, en Suisse, de 2020 à 2023.  

Crest est un livre de dimension immersive, qu’il faut contempler longuement, avec tranquillité, en respirant sans hâte, comme on entre dans un espace sauvage, préservé de la corruption humaine.

Se faire petit, se laisser accueillir par plus vaste que soi.  

La vallée Onsernone est une vallée alpine très peu touristique située dans le canton du Tessin : ses forêts sont denses, ses gorges impressionnantes, ses eaux vives et torrentueuses.

Tout y est majestueux, intense, authentique.

Crest, dont les images sont en noir et blanc, est à cette aune : de la neige, des brumes, des arbres dessinés comme par une pointe graphite, une impression de matin du monde.

Bien sûr, le registre romantique est dominant, le sublime, n’étant pas ici comme le pense Rilke le commencement de la terreur, mais la sensation d’un ordre supérieur sans effroi dominant les préoccupations humaines.  

Il gèle dans les vieilles masures, des pains de glace se forment dans les éviers, les routes ne sont pas toujours praticables.

Brebis rassemblées pour se tenir chaud, laine contre laine.

Stalactites, chardons prisonniers de l’encolure d’un cheval, lit en fer posé sur un parquet vermoulu.

Tout ici est noble, le temps est une épaisseur de rides, de suie sur les murs, de roches posées dans un cours d’eau.

Nature morte étrange et belle d’une courge coupée en son milieu posée une planche de bois.

Les saisons défilent, les abeilles travaillent, le foin est entassé.

Le miel est recueilli.

©Stephen Kelly

La présence humaine est discrète, tout semble concorder, résonner intimement.

On appelle cela le travail paysan, le respect, la solennité.

Existence rustique auprès des bêtes, des arbres et des sommets.

Crest touche par sa sobriété, et la force de ses images témoignant d’une vie soumise aux nécessités naturelles.

Sans révolte.

Stephen Kelly, Crest, poem Matsuo Bashô, editing and sequencing Stephen Kelly and Tiago Casanova, editing advisory Vanessa Winship, XYZ Books, 2025, 96 pages – 175 copies

https://stephenkellystudio.com/

https://www.artbooks.xyz/shop/p/crest

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