
©Louise Honée
Vous connaissez mon admiration constante pour les livres des éditions italiennes Origini.
Leur haute qualité artisanale pourrait relever du domaine de ce qu’au Japon on appelle trésor national vivant, soit une densité de savoir-faire et de poésie que l’on se doit de préserver coûte que coûte.
Se présentant sous emballage souple reprenant le motif traditionnel japonais des fleurs de pruniers (nommé Chiyogami, ou Washi), Juno, de la photographe néerlandaise Louise Honée, est d’une beauté qui fait frémir.
Il y règne, sur papier doux de couleur ivoire, une attention envers le vivant qui touche le cœur au suprême.

©Louise Honée
Juno est une jeune fille, mais c’est aussi cette fleur de fruitier (Ume) symbolisant le renouveau et la persévérance dans son être.
Apparaissant à la fin de l’hiver, elle annonce la fécondité de la saison qui vient.
Juno est davantage qu’un livre, c’est un manifeste nous engageant à célébrer chaque instant – dans le passage du temps – et à soigner chacun de nos actes comme chacune de nos interactions, la reliure japonaise elle-même du livre nous permettant d’imaginer l’artiste au travail (Eugenia Koval pour la fabrication), accomplissant des gestes fermes et minutieux.
En photographiant son environnement immédiat, Louise Honée explore sa propre psyché.
Juno est certes une femme-fleur-enfant, très brune, mais c’est peut-être aussi, sous d’autres incarnations, une mère, ou une amante, représentant l’éternel féminin.

©Louise Honée
On entre dans des paysages de brumes, on soulève des entrelacs de branchages, on glisse sur l’onde mystérieuse.
On flotte, tout en ressentant une présence terrestre à ne surtout pas dénier, comme un ancrage profond.
On respire amplement, lentement, dans le large du vivant – les pages sont parfois non massicotées.
Eros conduit la danse, la sensualité est permanente, non parce qu’il faudrait séduire quiconque, mais parce qu’il s’agit, comme le pensait Platon, d’une force primitive au centre même de toute création.
On ferme les yeux, on est une tige d’arbre, un drôle d’animal, un chignon, un ciel tempétueux.
Juno, Junon, jument.

©Louise Honée
Tout est figé et se déplace sans cesse, il y a mouvement jusque dans le plus stable, cosmos et chaos s’épousent joyeusement.
On dort, on s’allonge, on s’élève, on s’évapore.
Verre brisé, glace formée, feuilles tombées, poussées végétales.
Par sa dimension intérieure évacuant le drame, Juno procure une grande paix.
Tout y vibre d’une délicatesse intense.

©Louise Honée
Panta Rhei, disait Héraclite cité par Socrate.
Oui, mais avec grâce; complète Louise Honée.

Louise Honée, Juno, poème Rainer Maria Rilke, editing Ilias Georgidias, book design Matilde Vittoria Larichhia, realizzazione artigianale Eugenia Koval, Origini Edizioni (Livourne, Italie), 2026, 72 pages – 250 exemplaires numérotés


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