
Canyon, de la série Le Soleil des loups (2018) ©Marine Lanier
Sébastien Berlendis, présenté dans L’Intervalle pour ses derniers textes publiés chez Actes Sud, est un écrivain de l’espace, des lieux plutôt vides, de la géographie, de la mélancolie et de la mémoire.
En observant la photographie Canyon, de Marine Lanier, extraite de la série Le Soleil des loups (2018), le voici qui se souvient d’une maison d’enfance dans le Lubéron, et des randonnées familiales menant à un surplomb rocheux.
Chez Marine Lanier, dont on sait le goût pour la liberté sauvage, la montagne est rouge, parsemée de pointes d’or, c’est à la fois un paysage géophysique et mental, un champ magnétique, un territoire ouvert au conte.
Cette vision de dentelles de pierres et de crêtes se prête à l’imaginaire, et à l’introspection.
Retour sur une maison grand-parentale édifiée il y a trente-cinq ans, construite par des pionniers, puis vendue par des propriétaires devenus moins fougueux.
« Marine, écrit l’auteur de Maures (Stock, 2016), par ailleurs lui-même photographe et cinéaste, peut-elle se douter qu’elle relancera mon désir d’arpenter le Terrain et les paysages alentour lorsqu’elle m’envoie une de ses photographies, une image de montagne dont les flancs éclairés de rouge me saisissent aussitôt. »
Le soir tombe avec la peine, il faut tenter le passage menant des tourments psychologiques à la grâce du grand dehors (Kenneth White).
« Les pointes acérées des sommets sur lesquels les forêts vertes et denses ressemblent, de loin, à des buissons de bruyère, la raideur des pentes et le dessin d’un canyon qui serpente dans les creux, tout me rappelle dans l’instant ce que les gens d’ici nomment le Colorado provençal, un paysage de gorges sèches, de falaises rouges et friables. »
Revenant sur les lieux de sa jeunesse, Sébastien Berlendis constate certes l’urbanisation croissante, mais retrouve le sentier des ocres, Rolleiflex au cou, comme on remonte le temps.
Une photographie a déclenché une remémoration, prolongée bientôt par une autre image, prise cette fois par le regardeur mis en mouvement.
Les chênes sont toujours là, mais le lac, avec cette chaleur, la sécheresse, les retenues d’eau ?
Il faudra suivre la piste des loups, eux doivent savoir.

Marine Lanier/Sébastien Berlendis, Les heures ocre, collection Pour dire une photographie (Serge Airoldi), éditions Les petites allées, 2026 – deux cents exemplaires
https://www.lespetitesallees.fr/edition/les-collections/les-heures-ocre-1/