
©Linda Garcia d’Ornano
Jouant de l’homophonie mer/mère, Linda Garcia d’Ornano a intitulé son bel ouvrage publié par Arnaud Bizalion Editeur Mer intérieure.
Il s’agit à la fois d’exposer de façon très touchante des images, non légendées, issues d’albums familiaux et d’interroger la présence d’une mère peut-être manquée de ne l’avoir considérée que dans les tâches quotidiennes ayant semblé la requérir entièrement.
« La maison, impeccable, absorbait la journée de ma mère qui ne s’arrêtait jamais, ni pour jouer avec les enfants, ni pour se reposer ou se distraire. Ranger, dépoussiérer, nettoyer, cuisiner. »

©Linda Garcia d’Ornano
Tenir un journal intime, ou écrire/composer un livre, est-ce impudique, présomptueux, essentiellement narcissique ?
Pour qui se prend-on ?
Est-ce encore un effet de distance d’avec les autres, sous le couvert d’une tentative de compréhension de soi et de tous ?
Linda Garcia d’Ornano se souvient des vacances d’été en Espagne, des jeux turbulents de la fratrie, d’un père né en Algérie, et d’une mère affairée, peu à l’aise dans l’eau.
« Je croyais, écrit-elle, qu’il y avait quelque chose d’abîmé en elle, que je tentais de réparer. »

©Linda Garcia d’Ornano
Mais, finalement se demande l’enfant devenue historienne de l’art et collectionneuse de photographies anonymes, qui était la plus brisée, la plus cassée, la plus inconsolable, laissant entendre quelque fêlure personnelle masquée ?
Les photographies révèlent et mentent, on les commente, et, devenant objets de discours, les trahit malgré soi.
On cherche des indices, des preuves, on scrute des détails, mais peut-être devrait-on simplement les laisser vivre calmement et les contempler pour ce qu’elles sont, des manifestations de lumières, des éclats de présences, des spectres sidérants.
Une vie se montre, se déroule, s’enfuit.
Il en reste quelques objets, quelques images, pauvres et magnifiques, quelques souvenirs.
Un corps sur une grève, une robe fleurie, des tenues.
Une façon de poser, une sensualité, un mystère.

©Linda Garcia d’Ornano
Mer intérieur est un livre modeste et vrai.
Une famille est là, en visages et silhouettes.
En photographies précaires.
Les éléments naturels sont très présents, on respire mieux, tous ensemble, au grand air.
La mélancolie règne, qui nous rappelle l’importance de chaque instant, comme dans une élégie.
Mais un doute se lève : et si tout ceci n’était qu’une fiction habilement agencée en photographies vernaculaires et textes de mentir-vrai ?
L’imagination n’est pas l’envers de la sincérité, mais l’une de ses modalités possibles.

Linda Garcia d’Ornano, Mer intérieure, conception graphisme et maquette Louis Lefebvre, révision-correction Pierre-Marie Gély et Marie Amal, photogravure Chloé Geneste, Arnaud Bizalion Editeur (Arles), 2026
https://arnaudbizalion.fr/fr/6-photographie

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