Thermidor, les villes se barricadent, par Jacques Berthet, photographe

Pour l’instant, tout est calme, tout dort, tout repose dans le silence. La ville a travaillé, secrètement, discrètement, toute la nuit, et la voilà dès l’aube nouvelle métamorphosée. Des plaques de bois ont été posées un peu partout avec minutie, sur les façades des immeubles, banques, et magasins rutilants. Une émeute se prépare, il faut…

Théâtre, mer de ténèbres, par Claude Régy, auteur-metteur en scène

« Je me suis aperçu que le silence n’était pas muet. Que le silence, comme le dit Meschonnic, n’est pas un arrêt du langage mais que c’est, en fait, une catégorie du langage. C’est-à-dire qu’il y a une qualité d’expression qui ne peut s’atteindre que dans le silence et par le silence. » Claude Régy a créé…

James Joyce, poète

Lorsqu’il poétise, à Dublin, Trieste ou Zurich, le grand James Joyce écrit bref, et élégiaque. Dieu est là, peut-être, dans le simple, parmi les bêtes, plus chaudes qu’âme d’homme irrémédiablement blessé, séparé. Il y a les élans d’amour, et la puissance du vent, « Ô mon enfant de bleu veinée ». « Sous les orties…

Dieu est mort, ses créatures grimacent, par Eva Aeppli, plasticienne

On ne les cherche pas, mais ils arrivent, les petits êtres, les drôles de visages, les grimaces. Ils naissent spontanément du pli d’une feuille tombée sur le chemin, du nœud d’un arbre, d’un nuage aperçu soudain sous un certain angle. Voici des formes nécessitant d’être tracées, inventées, découvertes, dans le miroir de la salle de…

Paris bonjour au revoir, livre oulipien, par Benoît Grimalt, photographe

Paris bonjour au revoir, de Benoît Grimalt est un livre simple – pourquoi pas ? – paru chez les très inventives éditions Paris-Brest, sises à Nantes. Son principe en est perecquien : traverser Paris du Nord au Sud en n’empruntant que des rues, avenues, places, boulevards, commençant par la lettre C – mais aussi la…

Dessiner le silence, apprivoiser le noir, par Anne Gorouben, artiste

J’ai découvert le travail graphique d’Anne Gorouben grâce à Léa Veinstein, ayant choisi pour l’illustration de couverture de l’édition de sa thèse, Les philosophes lisent Kafka, Benjamin, Arendt, Anders, Adorno (Editions de la Maison des sciences de l’homme, 2019), un pastel sec sur carton intitulé Berlin W. Emu par la profondeur de silence et de…

Guillevic avant Guillevic

« Je crois que si quelqu’un lisait ce carnet il n’y verrait pas mes inquiétudes, mes tourments. J’ai l’air si sûr de moi, si tranquille. Mais tout l’intérêt du Carnet est justement là – meilleure arme contre la folie toujours menaçante. » C’est par la publication de Terraqué, en 1942, que Guillevic, alors Résistant et…

Jacques Higelin, par Nicolas Comment, auteur-compositeur, photographe

« Vivez heureux aujourd’hui, demain il sera trop tard. » Pour dire la vie et la très belle personnalité de Jacques Higelin, les éditions Hoëbeke ont demandé à l’un de ses amis, Nicolas Comment, photographe, mais aussi auteur-compositeur, d’évoquer ses souvenirs et sa perception de l’œuvre devenue populaire d’un artiste ayant d’abord symbolisé le rock…

Un amour au présent perpétuel, par Dominique Rolin et Philippe Sollers, écrivains

Voilà l’un des plus beaux amours du siècle, entre un homme et une femme, deux écrivains, deux sensibilités traversant le temps dans la complicité prouvée par le rire, dans la concentration, l’affection et le bruit neuf, dans l’approfondissement d’une expérience intérieure vécue à deux. Refus du non-être, tout pour l’être, confirmé par la marée bleue…

De la fraternité, Albert Camus et Louis Guilloux, une correspondance

« Ce qui équilibre l’absurde, c’est la communauté des hommes en lutte contre lui. Et si nous choisissons de servir cette communauté, nous choisissons le dialogue jusqu’à l’absurde – contre toute politique du mensonge ou du silence. » (Albert Camus à Louis Guilloux – 5 janvier 1946) Dans l’atmosphère de meurtre et de petitesse morale…

Vivre en France, par Gertrude Stein, écrivain

« Les écrivains doivent avoir deux pays, affirme Gertrude Stein, celui auquel ils appartiennent et celui dans lequel ils vivent réellement. Le second est romanesque, il est séparé d’eux-mêmes, il n’est pas réel mais il est réellement là. » Ayant vécu la majeure partie de sa vie en France, Gertrude Stein (1874-1946), grande collectionneuse d’art…