La guerre dans la tête, par Louis-Ferdinand Céline, écrivain

« J’ai bien dû rester là encore une partie de la nuit suivante. Toute l’oreille à gauche était collée par terre avec du sang, la bouche aussi. Entre les deux y avait un bruit immense. J’ai dormi dans ce bruit et puis il a plu, de pluie bien serrée. Kersuzon à côté était tout lourd tendu…

Le fa presto de Mathurin Méheut, peintre breton

Fut un temps où l’existence d’un monde commun n’était pas une pensée saugrenue. Un monde donné par les métiers, les traditions, les paysages, la présence animale évidente, non par le démon du lucre dévorant chaque fragment de réalité, jusqu’à faire imploser les êtres. Loin de cette logique féroce devenue la substance de nos interactions, il…

Canal Seine-Nord, une ligne d’eau, par Frédéric Cornu, photographe

Dans la région des Hauts-de-France, la construction du Canal Seine-Nord est appelée à modifier durablement le paysage. Photographiant depuis 2017 des zones rurales bientôt bouleversées, Frédéric Cornu s’est questionné sur cette nouvelle ligne d’eau, se situant sur un axe Nord-Seine ayant été durant la Première Guerre mondiale une ligne de front – un projet d’envergure…

Une odyssée en eaux troubles, par Gérard Macé, écrivain

L’hygiénisme est l’autre nom de notre époque, puritaine, violente, haineuse, portée par le désir de mort. Au XIXème siècle, l’hygiène fait des progrès, faisant reculer les maladies les plus contagieuses, avant que de se transformer en impératif moral. Gérard Macé, cet esprit libre, voyageur, cultivé, en fait le thème de son dernier opus, Le navire…

La guerre en province, par Louis Guilloux, écrivain

« La guerre en province est sourde. C’est une guerre de taupes. Elle est polie. Les ennemis se rencontrent cent fois par jour, au coin des rues, et chaque fois qu’ils se rencontrent, ils échangent un salut. Ils observent d’autant mieux cette correction, qu’ils appartiennent au même corps, et ont à cœur de n’en point…

L’esprit des lieux, par Sophie Zénon, photographe

« Lorsque l’herbe poussera au-dessus de ma tombe, écrit Fernando Pessoa dans Le gardeur de troupeau, que ce soit là le signal pour qu’on m’oublie tout à fait. La Nature jamais ne se souvient et c’est par là qu’elle est belle. Et si l’on éprouve le besoin maladif d’« interpréter » l’herbe verte sur ma…

La guerre, de vivant à vivant, par Gianni Stuparich, écrivain triestin

« Nous avons avancé dans un silence sacré, tels de primitifs conquérants, mesurant à pas amples la terre incontestée, intrépides dans la conquête vierge. Maintenant en revanche nous sommes vulnérables, parce que nous avons creusé la tranchée et que chaque corps a travaillé pour son abri. L’enchantement est rompu : l’ennemi qui peut nous attaquer et au-devant…

Poète ou rien, Hermann Hesse, une anthologie

« Je n’ai connu que le péché / Et la solitude, / Depuis mon enfance / Pour personne mon cœur n’a brûlé. // Lentement pour moi le jour a passé, / Et le monde était vide, / L’appel des heures solitaires / A mon entour a sonné. // Au front, aujourd’hui, de mon sang je me…