Charles Fourier, Simone Debout & André Breton, une correspondance

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« Toi qui ne parlais que de lier vois tout s’est délié / Et sens dessus dessous on a redescendu la côte »

Quand André Breton, revenu en France en 1946, publie un an plus tard le long poème Ode à Charles Fourier, le philosophe utopiste français, dont il a découvert les livres à New York, est alors bien peu connu.

Vichy a tenté d’effacer son nom – sa statue du boulevard de Clichy inaugurée en 1899 fut fondue en 1941 -, mais les amoureux de la liberté savent généralement où se trouvent leurs alliés.

Figure de la Résistance, directrice du journal clandestin Les Allobroges, passionnée de l’œuvre de Fourier, Simone Debout n’a pas quarante ans lorsqu’elle rencontre Breton en 1958. Son sujet de thèse enchante alors le maître du surréalisme : « Charles Fourier : de l’utopie au réel ».

Une correspondance – superbement éditée, et richement illustrée, par Claire Paulhan – est entamée, qui durera jusqu’à la mort du poète, la jeune femme l’entraînant dans ses recherches – la première édition du Nouveau Monde amoureux chez Anthropos ne verra le jour qu’en 1967.

André Breton, persuadé qu’il convient de travailler les sources ésotériques du philosophe, lui fait part de son enthousiasme le 15 septembre 1958 : « Je suis absolument persuadé que vous seule, de par la structure affective qui vous est propre, êtes à même de provoquer, en faveur de Fourier, un vaste courant attractif que la sécheresse, la pusillanimité de ses commentateurs n’a fait jusqu’ici que contrarier. Si Fourier doit être – enfin ! – interrogé passionnément, comme il l’exige, et non plus du bout des lèvres (passionnément, comme on interroge Rimbaud, que vous citez toujours si juste, par exemple), c’est à vous qu’il le devra – et vous savez que, lorsque je vous dis cela, il y va, à mes yeux, de l’avenir du monde. »

Pensant qu’il convient de renouveler la gauche marxiste par la force des idées fouriéristes, c’est-à-dire d’étendre la réflexion sur la lutte des classes et les rapports de production à une harmonie universelle dans la diversité, Simone Debout n’admet pas la révolution en dehors des mouvements du désir, de la liberté sexuelle vécue de façon solaire, de la Nature considérée comme source de merveille, et du mystère des astres, retrouvant ainsi la beauté du projet surréaliste.

Que l’homme et la femme soient enfin polyphoniques, comme des enfants !

Dans son Mémoire. D’André Breton à Charles Fourier : la révolution passionnelle, elle – qui a bientôt cent ans – écrit en postface à propos du précurseur Kepler : « Or, Kepler conçoit l’univers comme fondé sur le concours harmonieux d’événements qu’on ne peut déterminer par les seules lois causales, qui exigent une adaptation réciproque plus originelle que ces lois, lesquelles doivent être infléchies pour faire droit aux irrégularités sans lesquelles il n’y aurait pas de mouvement mais une pétrification cosmique. »

Le 7 janvier 1959, Simone Debout raconte à Breton une très jolie histoire : « Une amie, qui se trouvait alors en Chartreuse, aimait voir le lever du jour. A cette bonne heure, un matin, ses voisins l’appelèrent : « Venez vite, c’est la graine des sapins » et, de la colline où elle habite, elle vit un extraordinaire spectacle : au même instant une forêt entière éclatait vers le ciel. Des sapins proches, elle voyait la graine fuser de toutes les branches. Plus loin, c’était une buée verte éclairée par le premier soleil et qui s’élevait de tout le col de Portes. Le ciel, dit-elle, devint vert chartreuse, perce de lumière par endroits et puis la graine retomba, recouvrant toutes choses d’une tendre épaisseur verte. Elle interrogea passionnément les paysans, qui lui dirent tranquillement : « C’est ainsi, mais oui, tous les quatre ans » et la merveille en paraît plus grande de ne pas se produire chaque printemps, mais tous les quatre ans. »

Ayant fait progresser Breton dans sa découverte du « Sphinx blanc » (in Anthologie de l’humour noir), Simone Debout croit à la puissance des études et de la lettre pour rétablir en majesté et concorde un monde qui se défait.

En témoigne cette édition précieuse comme un grand espoir d’une correspondance inédite avec André Breton.

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Simone Debout & André Breton, Correspondance 1958-1966, suivie de « Mémoire. D’André Breton à Charles Fourier : la révolution passionnelle » & de « Rétrospections », édition établie, annotée et présentée par Florent Perrier avec le concours d’Agnès Chekroum, Editions Claire Paulhan, 2019, 288 pages – 400 exemplaires

Editions Claire Paulhan

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Se procurer le volume de la correspondance Simone Debout – André Breton

 

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