De l’écriture automatique en photographie, par Renée Lorie, auteure

1zipper, noctuary, 2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

Noctuary, de Renée Lorie, est un livre d’atmosphère, d’images associées selon la logique féconde de l’écriture automatique.

Bâti selon le principe d’une longue errance dans des paysages et des intérieurs indéfinis, cet ouvrage se nourrit de tensions, de polarités contradictoires, d’antithèses.

Noctuary est une fiction mystérieuse, laissant toute sa place à l’inconscient.

Très inspirée par le cinéma de Luis Buñuel, Renée Lorie s’intéresse à la surréalité, cherchant à approcher la frontière entre grâce et abjection.

Attention, travaux à suivre.

1Sarah, noctuary, 2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

Votre premier livre, publié par Posture Editions, Noctuary, est-il tel que vous l’imaginiez ?

Oui ! C’était vraiment une longue réflexion de trouver une maison d’édition vraiment intéressante.J’ai choisi Posture Edition parce qu’ils font des livres avec une dimension plasticienne. Ils ont par exemple publié Kasper Bosmans, Philippe van Snick, Hannelore Van Dijck, Mario De Brabandere… Ils n’ont pas collaboré souvent avec des photographes (exclusivement un photographe, Lisa Spilliaert). J’étais donc très curieuse de me confronter à leur point de vue. J’aime ça : des échanges critiques et des discussions nombreues, qui permettent d’arriver à un résultat superbe. Collaborer était très enrichissant. Ils ont eu l’idée d’introduire des couleurs Pantone, des couleurs intenses, sur quelques pages dans le livre. Ces couleurs conviennent bien avec le noir et blanc intense de mes photos.

1tree, noctuary, 2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

Qu’est-ce que Posture Editions dont votre livre constitue le trente-deuxième volume?

Posture editions numérote leurs publications. La mienne est donc l’édition numéro 32. Vous pouvez découvrir les autres sur leur site web.

1asparagus, noctuary, 2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

Noctuary pioche-t-il dans l’ensemble de vos séries depuis 2013 ?

Noctuary est une sélection d’images prises entre 2013 et 2019. Naturellement, j’en ai fait plus que cela, mais ce que l’on trouve dans le livre est la sélection et séquence finale.

1towel, noctuary, 2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

Le désir de photographier procède-t-il chez vous du voyage ? Comment êtes-vous venue à la photographie et qu’attendez-vous de ce médium?

J’ai commencé à photographier tout le temps à partir de mes dix-huit ans. À la maison, en voyageant. Quand j’ai commencé ma formation à l’école des arts de Saint Lukas, ma vue s’est aiguisée. J’ai développé ma manière de regarder et de capturer des images. Je préfère photographier avec l’intention de partager une ‘histoire’ (à la façon d’’un roman photo’) et j’aime créer une atmosphère entre les images.

Le début de mon histoire était le fin d’une période de perte. Quand tu as passé un intense moment de désorientation et de lâcher-prise, tu comprends que l’éternité est une compulsion vivante. Tu veux retenir les certitudes passées, mais tu ne peux éviter la confrontation avec une métamorphose qui s’opère en toi, et une certaine forme de dissociation, qui constitue le chemin même de la vie dans la réinvention de ce que l’on est. La photographie sert comme consolation, c’est une tentative d’embrasser la passé.

1stiff, noctuary, 2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

Avez-vous conçu votre livre comme un autoportrait éclaté ? Une seule femme nous regarde directement, à travers ses cheveux bouclés : est-ce vous ?

Ce n’est pas vraiment un autoportrait. Je raconte des histoires qui peuvent représenter des sentiments et des situations universels. C’est important qu’un spectateur puisse sentir l’image. Dire que c’est un autoportrait est trop limitatif, je pense.

1curtain, noctuary, 2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

Que se passe-t-il la nuit pour que vous aimiez tant la photographier ?

Les photos ne sont pas que prises pendant le nuit. C’est plutôt une ambiance nocturne, obscure, effrayante. Quelques images ont été prises pendant le jour, mais toujours avec une lumière contrastante (un flash pendant le nuit, de la lumière intense avec beaucoup des contrastes et des ombres pendant le jour).

1binoculars, noctuary, 2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

Comment avez-vous pensé l’association de vos images, le montage de votre ouvrage? En dehors de la dialectique intérieur/extérieur, quels sont pour vous les lignes de tension dans Noctuary ?

La source de la plupart des photos est l’association. Je regarde autour de moi, je capture une image, et immédiatement une autre. Je vois de nouvelles images tout le temps. Mon archive est un mix des tableaux trouvés et montés. Une tache de lumière devient un flash près de la mer, cette mer revient dans une bouteille d’eau et est perdue dans la balustrade d’un élévateur. Cette bouteille ressemble à une sculpture, donc je cherche une sculpture. Je trouve une statue sur un pilier. Je me promène et je vois un autre pilier. Voilà, l’euphorie me guide. J’invente une sorte d’écriture automatique en me promenant. Combiner des images est raconter. Créer un livre des photos est un montage atmosphérique. C’est pour cela que j’aime montrer mes photos dans un livre.

Il y a beaucoup des lignes de tension dans Noctuary. Mes images montrent la discorde, les mémoires du présent et la vulnérabilité. Du blanc contre un arrière-plan noir. Un frôlement doux contre l’impénétrable et l’intangible distant. Le concret fragile. Le jour et la nuit, le vide et le plein. La fraîcheur et la chaleur. La glace brûlante. La présence et l’absence. Je cherche du rattachement, du détachement, du mystère, de l’effrayant, de l’abjection et de l’énigmatique, le sensoriel dans une image plat. C’est une randonnée photographique dans des paysages et intérieurs indéfinis.

1insect.noctuary,2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

Noctuary est-il construit comme une cérémonie secrète, quasi chamanique ? Vous semblez très sensible aux liens entre visible et invisible.

Oui. J’aime le fiction, les associations avec des sujets mystérieux, les suggestions.

Pourquoi ne photographiez-vous qu’en noir & blanc ?

En noir et blanc, je capture ce que je veux capturer et raconter. En couleur je trouve ça plus difficile. Pourtant, j’ai beaucoup des photos en couleur. Je les utiliserai peut-être dans un livre prochain.

1jacket, noctuary, 2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

Quel art regardez-vous le plus ? Le cinéma ?

Oui ! J’adore le cinéma primitif, le film noir, la filmographie japonaise, presque tous les films de Luis. Avant d’étudier à Saint Lukas, j’ai suivi le cursus Film Studies & Visual Culture à l’université d’Anvers. J’ai écris ma thèse sur le sujet de l’effrayant et de l’abjection dans l’œuvre de Luis Buñuel (sa deuxième période française). Le cinéma surréel a eu une influence profonde dans ma pratique artistique. J’aime lire des histoires qui concernent des mondes mythiques et fictionnels.

1room, noctuary, 2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

Quelles sont vos recherches actuelles ?

Je travaille comme je travaille toujours : je marche, voyage et regarde beaucoup. J’aime m’inspirer des environnements et des gens avec leurs histoires. Je me nourris d’arts visuels, de films expérimentaux et de poésie.

Propos recueillis par Fabien Ribery

Noctuary-by-Renee-Lorie-tipibookshop

Renée Lorie, Noctuary, texte de Steven Humblet, Posture Editions n°32, 2019

Renée Lorie – site

1Cleo, noctuary, 2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

Posture Editions

1feet, noctuary, 2019, Renée Lorie
©Renée Lorie

 

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