Les murs ont la parole, par Fernando Oreste Nannetti, artiste italien

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« Métamorphosés avec ingéniosité, les murs se couvrent de déclarations biographiques, auto-fictives, télépathiques voire pseudo-scientifiques ou cosmogoniques. »

Représentant majeur de l’Art brut asilaire en Italie, Fernando Oreste Nannetti fut interné en Toscane, à l’asile de Volterra, de 1959 à 1973, y ayant gravé les murs, sur soixante-dix mètres de long, à l’aide de son ardillon (la boucle de son gilet), livre de sable à ciel ouvert disparaissant chaque jour davantage – heureusement photographiée à l’Hasselblad par Pier Nello Manoni en 1979.

L’œuvre, « soliloque lapidaire », est considérable, saturée de signes, d’une écriture cryptée sans ponctuation.

Dans Le livre de pierre (éditions Allia), l’historienne de l’art et essayiste Lucienne Peiry rend compte de la richesse de ce travail somptueusement hermétique, la rapprochant de la culture étrusque – notamment pour la forme des lettres – et du futurisme – mots en saccades, refus des adjectifs, des adverbes, de la ponctuation, souffle sémantique pur.

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« Fernando Nanetti n’a jamais réussi à reprendre souffle ni à retrouver un équilibre dans son corps malingre, son identité violentée, son profond isolement, sa détresse. »

Créer pour repousser les hurlements, les bagarres, le vacarme.

Pour sublimer un quotidien infernal et le perforer d’un peu de sens.

Faire d’une seule heure de liberté quotidienne une épopée scripturale.

Nannetti, c’est la rage de l’expression, la rébellion par la fiction auto-immune, un «intarissable monologue gravé » ayant la valeur d’une Orestie opacifiée.

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L’ancien électricien arrêté une première fois pour outrage à un agent de la fonction publique électrise la pierre, la fonde comme de nouvelles Tables de la loi.

La parole s’incarne dans la chair de la pierre lépreuse.

L’aphasie s’exprime en lettres de ciment.

Le mutisme projeté sur la surface verticale des murs de la cour de l’institution devient médiumnique.

« Nannetti, analyse Lucienne Peiry, laisse même à penser par son comportement, ses écrits, ses sujets de prédilection, qu’il possède la capacité d’entrer en résonance, en télépathie avec les êtres, mais surtout des éléments, le monde cosmique. »

Comme chez le mineur Augustin Lesage, ou Madge Gill, et tant d’autres.

La solitude se rythme, s’ouvre, devient vision.

L’autre apparaît, qui est un fantôme blanc avec qui dialoguer.

Nous reste de cette conversation à la fois discrète et monumentale les restes photographiques d’un journal intime à ciel ouvert, et ce beau livre des éditions Allia.

Un journal en temps de réclusion.

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Lucienne Peiry, Le livre de pierre, Fernando Nannetti, éditions Allia, 2020, 80 pages

Editions Allia

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Se procurer Le livre de pierre

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