La lumière du désir, par Rûmî, poète persan

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« Dans une main coupe de vin, / Dans l’autre boucles des cheveux / De mon ami. Danser ainsi / En pleine place est mon désir. »

En ce jour de Noël, j’ai souhaité présenter quelques vers de Rûmî, extraits du livre Cette lumière est mon désir, récemment publié en Poésie/Gallimard avec une préface de Jean-Claude Carrière.

Avec Khayyâm et Hâfez, Jaâl al-din Mohammad Balki, dit Rûmî (1207-1273) est l’une des plus grandes voix de la poésie mystique universelle.

Dès l’âge de vingt-quatre ans, il prend la suite de son père surnommé le « sultan des savants » et devient un maître spirituel respecté et admiré de tous suivi par des centaines de disciples, faisant la connaissance des grands esprits de son temps, notamment Attar, auteur de la Conférence des oiseaux, et Ibn Arabi, philosophe soufi.

Avec Rûmî, pour qui la rencontre du derviche errant Shams de Tabrîz en 1244 fut déterminante, la poésie devient ivresse, extase, pure incantation célébrant l’amour comme voie de l’absolu.

« Viens, viens, mon tenant de cœur, mon tenant de cœur / Entre, entre, dans ce que je fais, que je fais, / Toi, toi, mon jardin de fleurs, mon jardin de fleurs, / Raconte, raconte, mes secrets, mes secrets. »

Les mots sont répétés jusqu’à l’obsession, ils sont énergie, victoire contre la mort.

« Ô mon amour, ô mon ami, / Ô mon amant sans garantie, / Qui dérobe et garde mon cœur, / Intime mangeur de tristesse. »

La poésie est souffle, invention, nature même.

« J’étais mort, vivant me voici, / J’étais larme, ris me voici, / Arriva le bonheur d’amour, / Bonheur éternel me voici. »

Elle est une érotique.

« Lui, pour qui les sept univers / Sont étroits, comment donc fait-il / Quand il se glisse dans ma robe ? »

Le ghazal chante, ordonne l’émotion, la multiplie.

« Là où tu es, le paradis, le paradis, / Là où tu vas, la vraie bonté, la vraie bonté, / Comme les ombres du premier repas, repas, / Succès, victoire court devant toi, devant toi. »

Et ceci, pour tous les aimés, pour toi mon aimée :

« Les amoureux, les amoureux, / Du sol un bijou moi je fais ! / Les musiciens, les musiciens, / Votre daf, plein d’ors je le fais. »

Pour toi :

« Le teint de tes beaux traits / Témoigne en vérité / Que tu étais intime / De la bonté divine. »

Pour toi :

« Près de toi, sans parole, / Le récit, je le dis. / Dissimulé de ceux / Qui sont là, je le dis. // Mon récit, ton oreille / Est la seule à l’entendre, / Et pourtant au milieu / Du peuple je le dis. // N’est-ce pas quand on dort / Que sans parole on dit ? / C’est dans l’état de veille / Que moi ainsi je dis. // Ce n’est qu’au fond d’un puits / Que moi je me lamente. / Secrets de ta tristesse / Au lieu sans-lieu je dis. // Dessus la terre assis / Je me sens à mon aise. / La santé de la terre / Au ciel moi je la dis. // Mon amant s’est caché, / Invisible à mes yeux. / Même si quelque signe / Ou marque je lui dis. // Mes souffles délicats / Poussent des cris de peine / Lorsque, triste de toi, / Mon cri, moi je le dis. »

Notre cri, nous nous le disons, nous le disons.

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Rûmî, Cette lumière est mon désir, Le Livre de Shams de Tabrîz, traduit du persan par Jean-Claude Carrière, Mahin Tajadod et Nahal Tajadod, préface de Jean-Claude Carrière, édition de Nahal Tajadod, Poésie/Gallimard, 2020, 334 pages

Site Gallimard

Les Belles Lettres publient conjointement de Nahal Tajadod, L’Affamé, Les dits de Shams de Tabrîz.

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Se procurer Cette lumière est mon désir

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