Les chiens sont excités, la meute est excitée, les bois sont excités. Une cérémonie se prépare, une mise à mort. Quelques cartouches, de vastes ciels tourmentés, des yeux renversés. Dans les ténèbres des chairs pénètre le couteau sanglant. Ce sacrifice est un livre, rare, puissant, inattendu, intitulé Sang Noir. « Au Moyen-Age, explique Elie Monferier,…
Année : 2020
Le don de la lumière, par Martin Bogren, photographe
Il est là, depuis quelques semaines sur la table de travail, puissant et tranquille, attendant d’être ouvert pour illuminer le jour. Il me fallait quelques nuits d’insomnie, des rencontres folles, des égarements, beaucoup de travail, pour être à sa hauteur. Italia, du photographe suédois Martin Bogren, est un livre qui donne envie de vivre, d’aimer,…
The Castle, so french and british, par James Hill, photographe
Le Château de Mallebois, en Eure-et-Loir, est, comme il se doit, entouré de bois profonds. On y croise encore, comme dans les poèmes de Gérard de Nerval, des âmes noires tenant par la bride de superbes chevaux. La futaie est épaisse, qui abrite le temps lui-même en son ordre séculaire. Qu’il vente, pleuve ou neige,…
David « Chim » Seymour, le destin, l’enfance violentée, par Carole Naggar, historienne de la photographie, écrivain
En couverture, il y a un écheveau de lignes rageusement brouillées, un nom, « Tereska », et un trou traversant l’ensemble des pages du livre. Fors le trou, qui symbolise la mort, l’oubli, le vide, l’absence, l’aléatoire du mal, il s’agit d’un dessin effectué par une petite fille appelée Tereska, photographiée pour l’UNESCO-UNICEF dans le…
Les grues, une histoire d’amour, par Barbara Polla & Julien Serve
J’avais sept ans, j’aimais le langage, ses effets, sa puissance, et, croyant la flatter, j’avais déclaré tout de go, comme un cri du cœur, à mon arrière-grand-mère, très pieuse, qu’elle était « une femme de petite vertu ». La réaction fut évidemment indignée, puis amusée. J’étais un coupable innocent, pour cette fois-ci ça passait, et…
Voyages à Rome, par Bernard Plossu, photographe
« Tout au 50 mm en noir et blanc, effets interdits, vision pure, classique – moderne quoi!» Il y a le monde, oui, peut-être, gisant là comme un pantin effondré, et le monde selon William Klein, Robert Frank, Walker Evans, Pablo Picasso, Jean Siméon Chardin, Giorgio Morandi, et Le Bernin, Borromini, Mimar Sinan. Il nous…
La vie dans les plis, et le trait, par Pierre Alechinsky, peintre, poète
« Je suis un peintre qui vient de l’imprimerie », et de la confrérie des Gilles de Binche. Il y a du Plume, de Henri Michaux, chez le peintre et maître de l’estampe Pierre Alechinsky, dont le geste d’écriture follement libre est l’un des plus beaux du demi dernier siècle. Peintre et poète comme lui,…
Le parlement des vivants, par Bernard Descamps, photographe
La nature est impitoyable, féroce, prédatrice, en guerre perpétuelle, et furieusement en vie jusque dans ses cycles de destruction – lorsque l’être humain, arrivé au stade terminal de sa corruption, ne s’en mêle pas. La nature, oui, mais pas Natura, de Bernard Descamps, qui est un hymne au calme, à la mer étale, à la…
L’intime et le territoire, par Rodrigo Gomez Rovira, photographe et éditeur chilien
Né à Santiago du Chili en 1968, d’une famille installée en Terre de feu depuis 1938, Rodrigo Gomez Rovira émigre en France en 1973 afin de fuir la dictature, ne retournant véritablement dans son pays qu’en 1996. Vivant et travaillant désormais à Valparaiso, il dirige le Festival Internacional de Fotografia depuis sa création en 2010,…
Autoportrait avec oursin et talons hauts, une archéologie de soi, par Sara Imloul, photographe
Publié en 1926 à titre posthume à l’initiative de son ami Max Brod, Das Schloss (Le Château) est un récit de Franz Kafka sur l’absurde et l’arbitraire. C’est aussi le nom d’une demeure où vécut la photographe Sara Imloul, un antre familial tapissé de souvenirs et de jeux d’enfants. Comment retourne-t-on au pays du Jadis…
Ensemble, alléger notre fardeau, par Mathieu Riboulet, écrivain
« Car nous sommes dans un temps d’attentat, de violence, de respirations courtes, d’hébétudes transitoires, de confusions profuses, un temps de crépuscule, car nous sommes dans des villes hantées par des fantômes, hantées par des mendiants, et quand les uns nous parlent nous entendons les autres, nous tendons des aumônes, nous ramassons des balles,…
La mer oublieuse, les années japonaises de René de Ceccatty, traducteur, écrivain
« Je renonce à la continuité. Je renonce à vouloir donner le sentiment de la continuité. L’énorme masse de mes souvenirs – que, loin de les traquer pour les monter en épingle, je vais élaguer, dépouiller – me convainc que toute tentative d’organisation continue (fût-ce par association d’idées) serait mensongère et même, comment dire ?…