Les grues, une histoire d’amour, par Barbara Polla & Julien Serve

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©Julien Serve

J’avais sept ans, j’aimais le langage, ses effets, sa puissance, et, croyant la flatter, j’avais déclaré tout de go, comme un cri du cœur, à mon arrière-grand-mère, très pieuse, qu’elle était « une femme de petite vertu ».

La réaction fut évidemment indignée, puis amusée.

J’étais un coupable innocent, pour cette fois-ci ça passait, et j’appris peu à peu, peut-être, à moins mésuser des mots.

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©Julien Serve

Barbara Polla est une femme formidable, galeriste Protée, écrivain sans limite, féministe aimant le corps des hommes et les gestes les plus libres.

C’est une grue, on ne peut que l’adorer.

Pardon ? Relisez-vous jeune homme, le champagne rosé que la belle vient de vous offrir vous monte à la tête, et vous devenez bête.

Moi, la grue est pourtant le titre du siècle, un hymne au long bec des engins de chantier, aux grutiers, ces travailleurs du ciel amoureux des seins de leur déesse.

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©Julien Serve

Vous ne les tenterez pas avec quelque séductrice de bas étage, non, à ces romantiques, il faut plus, l’inaccessible, l’impossible, l’inouï.

Dans un petit livre de format carré, tel un ring de boxe, un cube de béton ou une chambre des voluptés conçue comme un théorème parfait, Barbara Polla et le plasticien Julien Serve ont imaginé sous la forme d’un dialogue accompagné de dessins au crayon gris ce que serait une femme-machine devenue oiseau de chantier.

Le grutier, voyez-vous, est un cowboy solitaire, s’étourdissant d’un crépuscule ou de la danse aérienne d’une barre métallique, telle la baguette magique d’une professionnelle de pole dance (chère Mimiko).

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©Julien Serve

La grue : « Je l’ai connu sur un chantier de nuit / Les grues comme moi aiment la nuit »

Lui : « J’ai découvert la poésie avec ma grue. J’étais un très mauvais poète mais je suis un excellent grutier. »

Il est beau, elle est splendide, ses jambes sont à se damner, leur amour est une extase : «C’est à chaque fois un bonheur quand il monte sur moi / A chaque fois une surprise / Et j’aime qu’il reste longtemps / C’est souvent quatre ou cinq heures à la fois… »

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©Julien Serve

Tous deux aiment le risque, la haute voltige, les justes saccades.

Ce sont des élus d’une royauté discrète, tout le monde les voit, mais personne ne les regarde. En un sens, c’est mieux comme ça.

Dieu, que les travaux prennent du retard, ils sont si bien ensemble.

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©Julien Serve

Aurore aux doigts de rose, retiens ton bras, et étends un peu la nuit, comme lorsqu’Ulysse retrouve Pénélope sur le lit chevillé.

Elle : « La dépendance crée le chagrin // La danse crée la joie »

Enfin, chers aventuriers de L’Intervalle, quoi de plus beau qu’une grue topless ?

sans-titre

Barbara Polla & Julien Serve, Moi, la grue, éditions Plaine page, 2019, 74 pages

Barbara Polla

Julien Serve

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Editions Plaine page

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