Avec Albert Palma, par Jean-Luc Nancy, philosophe

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© Albert Palma

J’ai correspondu il y a quelques années avec Albert Palma, dont l’œuvre, le parcours et la confiance m’avaient impressionné.

Ayant vu son nom au catalogue des éditions Manucius, le philosophe Jean-Luc Nancy lui ayant consacré un texte publié en 2015 – Quand tout arrive de nulle part -, j’ai souhaité le saluer de nouveau.

Il y a une parenté secrète entre ce qui se trame dans l’inconscient des écrivains du trouble dans la perception, du grand récit des mouvements intimes et d’une érotique des signes – Claude Louis-Combet, Bernard Noël, Pascal Quignard -, et dans les traits de calligraphes-sismographes tels que Fred Deux, Roland Sénéca (lui rendre visite à Douarnenez) et Albert Palma (à Paris).

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© Albert Palma

Qu’est-ce qu’un geste juste ?

Que signifie la liberté en peinture ?

Quels liens entre le corps, le souffle et le dessin ?

Comment nommer les organes invisibles apparaissant soudain sur la feuille, et les îles, les archipels, les pays ?

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© Albert Palma

L’œuvre d’Albert Palma, initié à l’art du sabre au Japon où il vécut dix ans, est une ondulatoire, un réseau de traits fins tombant en pluie sur le papier pour s’agréger en blocs rocheux, en montagnes, en amoncellements de matière noire.

La dialectique du plein et du vide, de l’inspire et de l’expire, est ici un battement d’atomes s’aimantant à la façon des étourneaux.

On devine des rivières, des flux plus liquides que d’autres, des chemins sinueux, des ravines, des épousailles fantastiques.

Art du temps, patience de l’exécutant, minutie du pratiquant, pas à pas épique d’un arpenteur de vertiges.

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© Albert Palma

L’œil est happé, perd de sa superbe, se laisse dériver dans une sorte d’hallucination attaquant ses repères ordinaires.

Le bas, le haut, l’horizontalité, la verticalité, oui, sont encore perceptibles, mais tout est plus brouillé en étant plus autonome que la carte euclidienne.

On emprunte une sente, on s’accroche à des fougères pulvérulentes, il ne faut pas perdre la foi, avancer, parcourir, rester totalement présent à ce qui vient.

Car le chemin est aussi spirituel, qui demande un relâchement dans la tension, un art de la navigation.

Page 46-47

© Albert Palma

Des veinules, des agencements de nerfs, des vagues océanes, des plumes observées au microscope de la voyance.

Des glaces, des craquements, une lente dérive des continents.

Des organisations vibratiles.

Tout un remuement.

Une abondance.

Une donation.

« – et lui, écrit Jean-Luc Nancy, silencieux n’écoutant aucun bruit du monde / obstinément penché sur cette taille de silex »

Palma le jeune, Palma le vieux, Palma « la paume autour du bâton d’écriture / tenu entre les doigts doucement fermement / longue tenue persévérante opiniâtre obstinée / obsédée de tenir sans retenir »

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© Albert Palma

Des jonchées.

L’humilité du balayeur dans un temple zen.

Des rouleaux de peinture.

Des grottes.

Des précipices.

Tout un peuple de stalactites et de chauve-souris échappées d’une toile de Vincent Vang Gogh.

Ciels étoilés de particules élémentaires.

« cet attouchement insatiable / cet effleurement frôlement flottante / relevant l’étendue en vagues / en respiration en émoi »

De natura rerum, répondrait peut-être Albert Palma.

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Jean-Luc Nancy, Quand tout arrive de nulle part – sur l’œuvre d’Albert Palma, Editions Manucius, 2015, 90 pages

Editions Manucius

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Se procurer Quand tout arrive de nulle part

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