Le Cirque Bidon, un rêve nomade, par Bernard Lesaing, photographe

 ©Bernard Lesaing

Prix du Public des Rencontres photographiques d’Arles en 1981, le reportage sur le cirque Bidon réalisé par le photographe Bernard Lesaing – j’ai présenté le 17 décembre 2020 son ouvrage Faces & Places, Northern Ireland, 1975-2020 – est aujourd’hui republié par les éditions de Juillet, dans un esprit fidèle à la création esthétique et graphique de l’époque.

Bonheur simple que de revenir avec ce livre en noir & blanc et nuances de gris en 1979 et 1980 avec une troupe circulant en France et en Italie, au rythme des chevaux tirant des roulottes.

La chèvre monte sur la table, on se lave dans une bassine devant les copains, on porte des robes à fleurs et des sandalettes, les enfants sont morveux, tout va bien.  

 ©Bernard Lesaing

« Vers 1975, précisent les éditeurs, un jour, deux hommes, un instituteur et un agriculteur, creusent un puits dans la terre d’une ferme bretonne nommée « Bourlinguette ». Epuisés, ils s’arrêtent, s’essuient le front et s’appuient sur leurs pioches. L’un dit : « Bon dieu, quel cirque ! » et l’autre répond : « Un cirque ce serait plus drôle ! » L’idée fait son chemin : un cirque, pourquoi pas ? Ils construisent une roulotte, trouvent un cheval et rameutent quelques copains… Et un beau jour, un convoi insolite s’ébranle : le cheval, la roulotte, le triporteur, la mobylette, la remorque, les vélos et une dizaine d’artistes. »

Ayant le rêve et l’utopie comme moteur existentiel, les artistes du Cirque Bidon ont marqué durablement ceux qu’ils croisaient, donnant des envies de départ à nombre de jeunes gens en quête de sens et de fraternité.

Oui, un autre monde est possible, les circassiens vous prouvent que Proudhon avait raison : l’instinct de propriété n’est pas une donnée obligatoire de la psyché humaine.

 ©Bernard Lesaing

On se paye au chapeau, on avance comme on peut, et, à la façon de Molière et de sa compagnie L’Illustre Théâtre, on va vers le Sud de la France – comme aujourd’hui les beaux artistes de la compagnie Ambulans théâtre (voir l’adresse du site ci-dessous).

On joue à taille humaine, souvent dans des villages reculés, mais aussi des cités de banlieues, on ne fait de la concurrence à personne, on est applaudis.

« Quatre roulottes, un plateau, des gradins, deux mâts, ils ont tout construit, est-il rappelé en préface. Il y a une quinzaine de chevaux, les chiens, douze chèvres et la basse-cour savante qui est la gloire du Cirque Bidon. D’abord le père, Max Cador, puis la mère, Ursula, et sa fille, Eléonore, enfin le coq acrobate mexicain nommé Las Vegas, son fiancé ombrageux. Et encore une foule de mascottes : lapins, cochons d’Inde et deux singes macaques, Voyou et Samy. Sans parler des ustensiles de cuisine et des jerricans, toute une « quincaillerie » comme ils disent, qui hennit, bêle, caquette, aboie et s’entasse dans les roulottes, qui brinqueballe et tintinnabule. »

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 ©Bernard Lesaing

C’est la promiscuité, camarade ? Mais, oui, j’espère bien.

Des romanos, des bohémiens, des nomades ? Bien sûr.

Des voleurs de poules, des bandits, des hors-la-loi ? Peut-être.

Des coucheurs, des noceurs, de grands amoureux ? Oui, oui.

Près du château de Picasso, à Vauvenargues, dans l’unique bar du coin, Bernard Lesaing a rencontré ces iconoclastes ayant des étoiles plein les yeux.

 ©Bernard Lesaing

Ils arrivent dans un nuage de poussière, c’est le western des campagnes françaises, à l’heure des moissons et des pluies diluviennes.

On les regarde avec émerveillement, les cyniques n’ont pas encore pris le pouvoir partout.

Des hommes, des bêtes, des guitares et des gamelles en fer blanc.

Des bébés, des bouteilles de vin, des pâtes.

Des fatigues immenses, des découragements, des chamailleries, mais le rire des enfants du peuple à l’heure de la représentation est le plus efficace des stimulants.

 ©Bernard Lesaing

On joue en plein air, la nuit est dense, des mains se cherchent dans les gradins.

Demain, on comptera la recette du jour, mais d’abord place à la fête, à la rencontre, aux danses avec les habitants.

Les photographies de Bernard Lesaing sont elles-mêmes des fragments de théâtre ambulant, des scènes, des spectacles.

La vie sur le vif, le vif de la vie.

Il faut panser les chevaux, pas de cirque durable sans soin, ni attention envers tous.

Maintenant, il faut repartir, se quitter peut-être, fuir la routine, sans chercher à changer le monde mais plutôt à en inventer un, sous le regard sensible d’un jeune photographe.

Le Cirque Bidon ? une utopie concrète prolongée par un livre.

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Bernard Lesaing, Le Cirque Bidon, conception graphique, couverture et mise en page de l’édition de 1981 Michel Derre, réalisation graphique de la réédition Emilien Reviron, Les Editions de Juillet, 2021, 96 pages

Les Editions de Juillet

 ©Bernard Lesaing

Ambulans Théâtre

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