L’origine de la peinture, par André Félibien, architecte et historiographe

cimabue-la-capture-du-christ-detail-1280

La capture du Christ (détail), 1280-1283, Cimabue

« Mais comme la peinture est assurément fort ancienne, il est difficile de bien connaître son origine. Pour moi je ne doute pas qu’elle ne soit née avec la sculpture, et que le même esprit qui enseigna aux hommes à former des images de terre ou de bois, ne leur apprit aussi en même temps à tracer des figures sur la terre ou contre les murailles. »

Qui connaît encore, en-dehors des villes de Chartres, Nantes et La Rochelle où des voies portent son nom, l’architecte et historiographe français André Félibien (1619-1695), ayant notamment rencontré Nicolas Poussin à Rome lors de ses années de formation, auteur d’un traité sur la peinture paru une première fois en 1660 que les éditions Manucius ont eu la bonne idée de republier ?

Pour Félibien, le peintre rend perceptible la présence du divin dans la matière, témoignant par ses toiles de la lumière de la Création.

Dans le chaosmos (Kenneth White) nous tenant lieu de monde, le travail du peintre est ainsi de trouver une harmonie, un équilibre, de justes proportions célébrant le génie de Dieu.

Etudiant en trois parties l’art de la composition, du dessin et du coloris (sic), André Félibien pointe chez le peintre la nécessaire connaissance des fables qu’il réinvente, comme de celle du corps humain, cherchant à rendre compte d’une beauté bien supérieure à celle des prouesses de l’ego : « Car si en considérant les beautés et l’art d’un tableau, nous en admirons l’invention et l’esprit de celui dans la pensée duquel il a sans doute été conçu encore plus parfaitement que son pinceau n’a pu l’exécuter ; combien admirerons-nous davantage la beauté de cette source où il a puisé ses nobles idées ! »

Il y aura donc correspondance entre l’ordre du tableau et l’ordre de l’univers

Félibien donne à la peinture une origine égyptienne, ou babylonienne, bien avant les Grecs, établissant, dans la suite de son étude, une généalogie de la peinture à Rome, mentionnant bien évidemment Zeuxis sur qui tant écrivirent, notamment Jean-Christophe Bailly, artiste peignant, dit la légende, si bien les raisons que des oiseaux vinrent les picorer.

On comprendra donc qu’il peut être bien dangereux pour le monarque de ne pas soigner ses relations avec les meilleurs de ses artistes, poètes par fonction, capables de les traiter ou maltraiter si bien.

Enfin, après un long déclin des arts à Rome, Cimabue vint, qui redonna à cet art sa puissance inaugurale.

Ressuscité en 2020, De l’origine de la peinture, savoureux dans cette langue du XVIIe siècle que nous serions inspirés de fréquenter plus souvent, ne peut désormais manquer au bagage des amateurs d’art, comme l’on disait chez les bourgeois aux temps rassurants. 

Félibien-1e-couv-enc

André Félibien, De l’origine de la peinture, préface de Didier Laroque, Editions Manucius, 2020, 94 pages

Editions Manucius

logo_light_with_bg

Se procurer L’origine de la peinture

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s