Anita Conti, écologue, océanologue, photographe

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 ©Anita Conti/Archives de Lorient/Filigranes Editions

Il y a quelque chose de la chanteuse Damia dans le visage de l’océanologue et photographe Anita Conti (1899-1997), une malice et une mélancolie, une intrépidité et un rire de fond.

Bien connue du côté de Douarnenez (Finistère) où elle est décédée, son œuvre reste un trésor à découvrir et transmettre.

« D’une grande richesse et d’une grande diversité, précise l’archiviste Patricia Le Gal, le fonds représente près d’un siècle de documents, photographies et objets produits ou collectés par Anita Conti tout au long de sa vie. Il se compose de dossiers, de photographies, d’objets, de mobilier et d’une bibliothèque de 1800 ouvrages. Il inclut les archives de Pâquerette de Quénétain, amie très proche d’Anita Conti dont elle a hérité en 1965 et qui était aussi une grande voyageuse et écrivain. »

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©Anita Conti/Archives de Lorient/Filigranes Editions

Comprenant des films (conservés à la cinémathèque de Bretagne) et des pièces sonores (cent-vingt heures ont d’ores-et-déjà été numérisées), le fonds photographique est riche de plus de 50 000 documents classés en sept thèmes : la vie privée, la vie publique, la reliure d’art (métier qu’elle exerça en professionnelle à Paris durant sa jeunesse), la mer, l’Afrique (elle travaille au développement des pêches artisanales avec les populations locales, particulèrement en Guinée), la guerre (de novembre 1939 à janvier 1940, elle embarque sur des dragueurs de mines naviguant  en Manche et en Mer du Nord afin de laisser ouvert le couloir de Dunkerque) et les voyages.

Laurent Girault-Conti, son fils adoptif, est aujourd’hui l’auteur d’un ouvrage publié à l’occasion d’une exposition à Lorient consacrée aux travaux bretons de l’amoureuse de la mer ayant très tôt tenté d’alerter l’opinion sur les dangers de la surexploitation des ressources halieutiques.

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©Anita Conti/Archives de Lorient/Filigranes Editions

Attentive aux conditions de vie des marins, qui l’appelaient avec beaucoup de respect La Dame de la Mer, elle est aussi très soucieuse du bon équilibre à maintenir entre l’homme et la nature le nourrissant, luttant contre le gaspillage, notamment des espèces alors déconsidérées comme le sabre (lire L’Océan, les bêtes et l’homme, André Bonne, 1971).

Née dans l’Oise d’une famille de la grande bourgeoisie, Anita Caracotchian – son père est d’origine arménienne – a toujours considéré la Bretagne comme une terre d’élection, de son enfance à sa dernière jeunesse à 98 ans.

Courageuse, visionnaire, pionnière en bien des domaines de la recherche marine, Anita Conti est aussi passionnée par les requins pèlerins, dont elle photographie la pêche épique.

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©Anita Conti/Archives de Lorient/Filigranes Editions

De nature documentaire, ses images sont le reflet d’une époque où vécurent également Pierre Mac Orlan et Jacques Prévert. Il y a ainsi quelquefois du Marcel Carné en elle lorsqu’elle photographie la concentration des pêcheurs à la tombée de la nuit, une cigarette au coin des lèvres.

Les bateaux sont ainsi dans son regard tout à la fois des espaces de théâtre et de fraternité, des spectacles privilégiés de la condition humaine.

Elle y est accueillie comme une ouvrière parmi d’autres, une collègue en somme.

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©Anita Conti/Archives de Lorient/Filigranes Editions

Mais il ne fut pas toujours aisé, pour la hiérarchie scientifique, d’accepter une femme, écologue avant l’heure, dont le tempérament de liberté refusait les allégeances faciles.

« Sa réputation parmi les marins lui suffisant afin d’être embarquée dès qu’elle se présentait sur un quai, écrit Laurent Girault-Conti, à quoi bon engager des « missions » quand il était si simple de naviguer pour la plaisir avoué : observer le monde en marche en marchant avec lui, logée partout mais retenue nulle part, passant d’un navire à l’autre à la manière du bernard-l’hermite pour transiter à ciel ouvert avec ce désir, né de l’enfance, de vouloir saisir l’horizon qui ne cesse de reculer à mesure que l’on avance. »

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Laurent Girault-Conti, Anita Conti et la Bretagne, conception graphique Patrick Le Bescont, coordination éditoriale Patricia Drénou, texte Laurent Girault-Conti, Filigranes Editions / Ville de Lorient, 2021, 144 pages

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©Anita Conti/Archives de Lorient/Filigranes Editions

Filigranes Editions

Ouvrage publié en coproduction avec la Ville de Lorient, en accompagnement de l’exposition Anita Conti et la Bretagne, présentée par la Direction des patrimoines, à l’Hôtel Gabriel du 3 juillet 2021 au 2 janvier 2022

Le fonds Anita Conti se trouve aux Archives municipales de la Ville de Lorient

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©Anita Conti/Archives de Lorient/Filigranes Editions

Photographies diffusées par l’agence VU’ (Paris)

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Se procurer Anita Conti et la Bretagne

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