La vie façon objets, par Ton Grote, photographe

©Ton Grote

Que reste-t-il d’une vie ?

Quels sont les objets que nous avons utilisés, que nous avons oubliés, qui nous ont regardés ?

Se présentant sous la forme d’un inventaire – 2262 vignettes photographiques sur plus de 5000 clichés pris -, Eindhovenseweg 56, de Ton Grote, est un livre fascinant par son systématisme, et l’émotion qu’il recouvre par la facture quasi scientifique de son dispositif.

©Ton Grote

Raconter une vie par l’accumulation des objets qui l’ont jalonnée, tel est l’enjeu de cet ouvrage de micro-histoire.

Quand la mère de Ton Grote est morte en 2007, à l’occasion d’un grand nettoyage opéré par son père, le fils a décidé de prendre en photographie l’ensemble des objets que possédait le couple.

©Ton Grote

Les voici rassemblés en un volume aux tonalités de gris qui pourrait être un catalogue d’antiquaire, de salle des ventes, ou une œuvre tardive d’un artiste du mouvement du Nouveau Réalisme.

L’archive à la fin d’une vie est considérable, lorsque l’on a visiblement peu jeté.

Bien entendu, à travers les objets d’une famille néerlandaise particulière, se donne à lire aussi l’histoire de l’Occident en son déchaînement de consommation ayant eu lieu après la Seconde Guerre mondiale.

©Ton Grote

L’inventaire sera fait à la Perec, et à la louche, mais pourquoi pas ? (ce pourrait être aussi La Complainte du progrès, de Boris Vian)

Commençons par la mesure du temps.

Des réveils, des pendules, des montres.

Puis des appareils radio, des enregistreurs à cassette, une chaine hifi, un tourne disque, des microphones.

©Ton Grote

Des télécommandes, un magnétoscope.

Des téléphones à cadran.

Des registres, des dossiers, des classeurs, des albums photos.

Des agrafeuses, des scotcheuses, des punaises, des taille-crayons, du matériel de bureau (encres, stylos, feutres, plumes), des coupe-papiers, des calculatrices.

©Ton Grote

Des étiquettes, des feuilles volantes, des dictionnaires.

Des bandes dessinées, des magazines, des illustrés.

Des lampes, des prises, des câbles.

©Ton Grote

Des plantes.

Des tables.

Des cache-pots.

Des bassines.  

Des vases.

Des napperons, des nappes, des serviettes, des étoffes.

©Ton Grote

Un pèse-personne.

Un déboucheur à évier.

Des brosses de WC.

Des savons, des savonnettes, des crèmes réparatrices.

Des produits de toilette, des poudriers, des parfums.

On pourrait affiner la description en cherchant à mieux comprendre le lien entre chaque famille d’objets, les universitaires s’en chargeront peut-être.

Page 101, il y a des thermomètres.

Page 111, des peignes.

Page 133, des cravates.

Page 169, deux cadres au portrait de J.F. Kennedy.

Page 183, des marmites.

©Ton Grote

Page 209, des assiettes orange (les couleurs sont rares).

Page 247, des paniers.

Page 299, des figurines pour enfant : des animaux, des chevaux, des soldats.

Et, à la toute fin, des pellicules photo, des objectifs, un flash.

Parmi ce fatras d’objets usuels, ordinaire et bien rangé, un photographe est né.

La légende peut commencer.  

Ton Grote, Eindovenseweg 56, design & editions Jeremy Jansen, The Eriskay Connection (Breda, NL), 2021, 336 pages – 500 exemplaires

https://tongrote.com/ton-grote/

https://www.eriskayconnection.com/home/115-eindhovenseweg-56.html

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