Le miel des jours, l’énigme du temps, par Patrick Taberna, photographe

©Patrick Taberna

Dans l’avalanche des travaux déprimants sur l’anthropocène et la violence sociale, un livre soudain crée une oasis, parce qu’il relève de la merveille et de la douceur, de la confiance et de l’étonnement sans peur face à ce qui est, en un mot de la noblesse.

Avec Nos vies partagées, de Patrick Taberna, se lève un chant très beau, qui est celui de la famille unie sans mièvrerie, de la solitude partagée, du goût de l’ailleurs, ensemble.

Nous tâtonnons dans l’existence, nous cherchons, nous nous projetons, mais, au fond, nous sommes choisis, désignés, élus, ou pas – la Providence n’est pas démocratique.

©Patrick Taberna

Il y a des montagnes à gravir, au moins trois selon les maîtres d’ésotérisme, et des chemins illuminés.

Je ne connais de la vie de Patrick Taberna que ce qu’il en retrace en une page à la toute fin de son ouvrage, mais on ne peut douter, à contempler ses photographies au lyrisme doux, que la déesse Fortune s’est penchée un jour sur son Lubitel, moyen format bon marché et léger, lui offrant de traverser l’existence dans l’affection et le bruit neuf.   

Un nom en appelle d’autres, et je pense, pour la capacité à entrer dans l’énergétique des couleurs et la révélation de la sensualité immédiate de l’existence, à Christophe Bourguedieu, ainsi qu’à Ronan Guillou, qui nous a devancés bien trop tôt au royaume des ombres – pour lui très certainement celui de la lumière.

©Patrick Taberna

En ses images attentives à la fragilité comme à la grâce de chaque instant, Patrick Taberna saisit le temps qui passe, une sorte d’alliance entre l’éphémère beauté des choses et l’éternel retour du même dans le paradis proustien de la conscience.

Le format carré induit une concentration, en même temps qu’une intuition du nombre d’or.

Qu’elle soit ténue ou plus éclatante, la lumière dans les compositions de l’artiste né au Pays Basque est aurifère, nimbant ses personnages, notamment les enfants, d’une présence résurrectionnelle.

L’ogre des montres avale les visages, les jouets, les premiers pas, mais il y a aussi le lapin d’Alice, qui est un élément initiateur invitant à accepter une autre logique ne dépendant pas de la causalité et de la temporalité ordinaires.

Les détails sont des acmés de vie, il n’y a pas de nature morte.

©Patrick Taberna

La photographie de Patrick Taberna questionne la notion de juste place, de l’humain dans le paysage, de l’objet sur la table, du cadre dans le visible.

Comme chez Nicolas Bouvier, qu’il a beaucoup lu, les espaces du dehors chez Patrick Taberna sont aussi les territoires du dedans.

L’ascèce du dépouillement permet ainsi quelquefois que le coeur batte à l’unisson.

Il faut beaucoup marcher, beaucoup écouter, et faire preuve de la plus grande discrétion pour que le monde vienne à soi dans sa dimension épiphanique.

Il n’y a rien à chercher, mais laisser simplement les scènes de gloire se déposer sur la rétine de l’objectif.

©Patrick Taberna

La disponibilité à ce qui vient est essentielle, même lors de mises en scène soigneusement conçues, car il y a toujours davantage que main d’homme derrière le spectacle éblouissant des formes vivantes assemblées ;

Un enfant joue avec des cailloux, un chat se prépare au combat, une forêt s’ouvre devant le corps d’une petite fille.

Nous sommes au Japon ou dans le Sud-Ouest français, tout va bien dans l’immuable et la chute des feuilles.

L’oiseau disparaît avec la barque de la mélancolie, rien ne sera plus jamais comme avant, et pourtant tout existe encore.   

Il est dans l’ADN des éditions Contrejour (Claude Nori, Biarritz-Plage) de montrer essentiellement des travaux qui accroissent notre capacité de vie et de joie.

©Patrick Taberna

Avec ce livre de Patrick Taberna, et n’en déplaise à Monsieur Pialat, on en est certain : l’amour existe.

Certains noms sont cités, remerciés, ce sont des blasons de faveur indiquant une éthique de l’image : Willy Ronis, Françoise Nunez, Jun Shiraoka, Claude Nori, François Sagnes, Eric Dessert, Stéphane Couturier, Robert Frank, Bernard Plossu, Monique et Gilbert Garcin, Didier Brousse, Philippe Herbet, Yamamoto Masao, Shoji Ueda.

Une exposition est en cours à la galerie Camera Obscura – à ne pas manquer.

Patrick Taberna, Nos vies partagées, textes Didier Brousse, Albin de la Simone, Patrick Taberna, réalisation/photogravure Isabelle Nori, éditions Contrejour, 2022, 96 pages

https://www.patricktaberna.com/

https://www.editions-contrejour.com/project/nos-vies-partagees/

Exposition éponyme à la galerie Camera Obscura (Paris), du 5 novembre au 24 décembre 2022

https://www.galeriecameraobscura.fr/expositions.html

https://www.leslibraires.fr/livre/21626691-nos-vies-partagees-taberna-patrick-contrejour?affiliate=intervalle

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