L’espace public comme expérience, par Hortense et un collectif de femmes photographes

L’enjeu des femmes dans l’espace public, à n’importe quel endroit, à n’importe quelle heure de la journée et dans la tenue vestimentaire qui leur sied, est un sujet sociétal crucial.

Hier, on est sorties faire des photos est un projet collectif mené par Hortense Soichet avec des femmes d’Ivry-sur-Seine, plus particulièrement d’une maison de quartier d’Ivry-Pont essentiellement fréquentée par des femmes vivant seules et des mères de famille.  

Il s’agissait avant tout d’une volonté de se rendre dehors, ensemble, de regarder, ensemble et d’un point vue singulier, ce qu’offre la réalité.

Elles se prénomment Abavi, Anaïs, Emery, Emilienne, Fatoumata, Koné, Khadidiatou, Rahmona, Aminata, et symbolisent la diversité de destins rassemblés en un même lieu.

Par la praxis photographique, ces femmes ont pris le temps d’observer le spectacle du quotidien, d’arpenter d’un œil neuf des rues banales, de construire une vision.

La Seine, les péniches, les digues de béton, les ponts, les tags, et les décharges surréalisantes de pneus. 

Nous sommes en 2019 et 2020, un confinement est toujours possible, il faut se dépêcher d’aller dans la rue, d’en prélever des rectangles de méditation.

Dans un propos peut-être étonnant a priori pour qui vient de composer chez Textuel un très beau volume sur la Contre-culture dans la photographie contemporaine (chronique à venir), Michel Poivert écrit en préface : « De quoi s’agit-il ? D’abord de restaurer des expériences qui ont été refoulées par l’art contemporain devenu l’unique critère d’appréciation de la photographie. »

La notion d’auteur a écrasé, poursuit-il, le faire photographique comme politique de l’en-commun, que le livre aussi modeste et sensible auquel il participe tente de réhabiliter.  

Rien de grandiose ici, mais l’humble présence des choses, de la barrière, de la grille en fer, du mur d’enceinte – oui, tenter de franchir la clôture toutes ensemble est l’une des ambitions de cette entreprise -, des immeubles d’habitation.

Des grues et des paniers de basket.

Des espaces végétalisés et des ciels gris.

Des boubous et des jeans.

Des fleurs sauvages et des sacs à main.

Des masques et des joggings.

Des voies ferroviaires et des chaussures à bout pointu.

On ne se monte pas du col, on ne cherche pas l’art à se pâmer, on est là, simplement, entre femmes, appareil photo en bandoulière, l’œil aux aguets. 

Dans un texte témoignant d’une recherche d’honnêteté conceptuelle, Hortense Soichet précise : « Ici, il ne s’agit pas tant de collaboration entre les disciplines, mais plutôt d’une forme d’indiscipline, c’est-à-dire d’un décloisonnement disciplinaire. La construction de l’enquête photographique s’appuie sur une démarche anthropologique fondée sur l’observation d’un collectif de femmes que, certes, j’observe, mais qui s’observe et m’observe aussi. Les marches photographiques se fondent sur une connaissance historique et intime qu’elles ont du territoire. La mutualisation de ces compétences rend possible la réalisation de ce projet photographique collectif. »

Proposer des chemins d’émancipation, selon la belle logique de l’éducation populaire, tel est la grande ambition d’un projet menant à un livre sans gloriole dont chacune – et chacun – peut être fière, Hier, on est sorties faire des photos.

Hortense Soichet, Hier, on est sorties faire des photos, photographie et épreuvage Philippe Guilvard, réalisation Jade Bordat / Aude Garnier, Créaphis Editions, 2022, 112 pages

http://www.hortensesoichet.com/

http://www.editions-creaphis.com/fr/catalogue/view/1264/hier-on-est-sorties-faire-des-photos/?of=1

Photographies de Abavi Abalo, Anaïs Emery, Émilienne Fowler, Fatoumata Koné, Wendy Loubatière, Khadidiatou Niang, Hortense Soichet, Rahmona Soudani et Aminata Traoré

Projet mené dans le cadre des grandes commandes du Collège international de photographie du Grand Paris mises en place par Francis Jolly et Michel Poivert

Ouvrage publié avec le concours de la Ville d’Ivry-sur-Seine (Maison de quartier Ivry-Port et direction des Affaires culturelles) et le soutien de l’université Gustave Eiffel

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