Habiter, brûler, disparaître, renaître, par Raymond Meeks, photographe

©Raymond Meeks

Geography of Abandonment, du photographe américain Raymond Meeks, ressemble presque à une maquette en cours, mais il est particulièrement abouti et somptueux dans le façonnage.

Son éditeur, Origini Edizioni, situé à Livourne en Italie, est probablement actuellement le meilleur en Europe, ne disjoignant pas l’art de l’excellence de l’artisanat afin de créer des objets-livres d’une intensité poétique remarquable.

Qu’est-ce qu’habiter ?

Que signifie s’installer dans un lieu ?

©Raymond Meeks

Comment occuper un pan de territoire sans violenter ou méconnaître la terre qui nous accueille en ne la considérant que comme une surface à notre disposition ?

Ces questions, Raymond Meeks ne cesse de les travailler dans toute son œuvre, ainsi que les notions de départ et de déracinement.

Continuer à être fidèle dans la liberté de mouvement.

Comprendre qu’une fondation est aussi un ancrage mobile.

©Raymond Meeks

Elaboré avec la photographe Adrianna Ault – qui intervient notamment par la création d’un leporello en risographie inséré dans l’ouvrage -, Geography of Abandonment invente des rites de passage.

La reliure filaire est faite à la main et le choix des papiers aux grammages différents (Musa Burgo/Steinbeis Classic White/Carta Assorbente Favini/Biancoflash Ivory Favini) d’un blanc ivoire évoquant finement le passé concourent à faire de leur ouvrage un socle de méditation.

Le montage est un tissage, qui est aussi une pensée.

©Raymond Meeks

Les enfants partent ou vont partir, tout fuit et se maintient, tout change, tout est bouleversé, il faut imaginer une forme de rassemblement, une arche familiale assez souple pour traverser les turbulences du temps.

Nous avons grandi très vite, puis vieilli, nous n’avons rien compris, l’art peut nous aider à trouver des lignes de signification.

Tout commence dans le feu purificateur, il y a des arbres à élaguer, il faut trier, choisir, savoir où couper.

Ce n’est rien, ce n’est qu’un petit jardin familial, et pourtant il convient de s’en occuper comme si la vie de la planète entière en dépendait.

©Raymond Meeks

Des travaux sont à prévoir, tout tombe en ruines, comme nos vies minuscules.

On ne sait pas qui sont les personnages dont nous voyons les silhouettes.

Peut-être nos parents, ou nous demain, ou nous autrefois.

Une drôle de créature porte un blouson sur la tête comme un châle de prière.

Elle se penche dans la douceur du gris enveloppant la terre brune.

Un petit tronc attaché à sa motte vole comme s’il était propulsé par le souffle d’une explosion.

©Raymond Meeks

Le leporello crée un trou d’air.

Y a-t-il eu la Première Guerre mondiale en ces contrées américaines pourvoyeuses de soldats héroïques ?

La signification de ce qui se joue sur la page n’appartient qu’aux protagonistes, et encore.

En fin d’ouvrage des brebis glabres nous attendent.

©Raymond Meeks

Elles ont l’air ironique, mais ne le sont pas.

Elles sont le troupeau de Dieu, les bêtes de sacrifice, la Rédemption peut-être.   

Raymond Meeks, A Geography of Abandonment, photographies Raymond Meeks et Adrianna Ault, design Raymond Meeks, Origini Editzioni, 2022, 105 pages – 250 exemplaires numérotés, et signés sur la couverture

http://www.raymondmeeks.com/

https://origini-edizioni.myshopify.com/products/a-geography-of-abandonment-raymond-meeks-2022

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