La dernière séance, outside, par Herman van den Boom, photographe

©Herman van den Boom 

Préparez-vous pour un voyage, dans l’abstraction et la conquête des rêves.

En format italien, Herman van den Boom nous emmène avec son ouvrage 101 Movies (éditions Yellow Now) du côté des drive-in theatres américains, photographiés en 1976, alors que ceux-ci n’étaient déjà plus que l’ombre d’eux-mêmes, l’heure de gloire du cinéma en plein air des années 1950 et 1960 étant passée.

Nous sommes dans le Tennessee, en Oklahoma, dans le Kentucky, au Kansas, dans le Nevada, dans le Colorado, en Californie, en Virginie, en Floride, dans le Nouveau Mexique, au Texas, dans le Mississippi, dans l’Indiana, en Arizona, dans le Sud donc, essentiellement pour des raisons de climat.

©Herman van den Boom 

Les spectateurs sont partis, restent des structures géantes, écrans blancs, poteaux et étais placés en contreforts.

Des films ont défilé, défilent de moins en moins, ne défileront plus.

La fiction s’est déplacée, de la surface de projection à l’espace environnant.

Telles des installations de plasticiens, ces écrans sont des pages vierges où écrire en imagination notre destin.

Isolés dans le cadre, ces rectangles de vision conçus pour le divertissement paraissent des aliens un peu grotesques.

Nous les regardons, mais ce sont ces Cyclopes qui nous observent et pénètrent notre psyché.

©Herman van den Boom 

Les décors sont à l’abandon, partiellement délaissés par leurs prétendants passés à autre chose.

Mais, au fond, qui attend qui ?

Montrant des vestiges, 101 Movies symbolise l’effondrement d’une civilisation fondée sur la dépense carbonée : acheter une voiture, cramer du rêve, se bécoter sous les étoiles en regardant Gary Cooper embrasser sa partenaire, ou Marilyn Monroe prendre son train.

« Les drive-in, écrit en préface Klaus Honnef, sont aussi particulièrement prisés des couples, parce que les Etats puritains, qui tolèrent tout au plus, à l’occasion de la Saint-Valentin, un baiser en rue, sanctionnent les tentatives de rapprochement amoureux en public. La dernière rangée d’automobiles du drive-in, on l’appelle lovers’s lane. »  

©Herman van den Boom 

La nature sérielle de son travail conduit l’esprit en des zones où le silence et la logique soustractive créent, non pas l’effroi, mais un grand calme propice à l’éveil de la conscience.

Les ciels sont très présents, parfois presque monochromatiques, eux aussi sont un spectacle en soi.

Les colons ont exterminé les Indiens et leurs fétiches, mais ont inventé une autre forme de totem pouvant les rassembler tous, le cinéma.

L’alphabet latin blasonne l’espace, les inscriptions (titres de films, noms des lieux, commerces divers) sont légions.

Au Pays-Basque ou dans le Béarn, on frapperait la pelote avec une pala contre ces surfaces blanches, au risque de ne plus jamais revoir l’objet de nos désirs.

©Herman van den Boom 

Dans un des derniers drive-in theatres encore en activité, un fou a projeté Paris, Texas, de Wim Wenders (1984).

Le public hurle, hue, bout, jusqu’à la scène finale se situant dans un peep-show de Houston, entre Travis (Harry Dean Stanton) et Jane portant une courte robe noire (Nastassja Kinski).

Alors, la nuit prend feu, prend froid, et pleure, parce que l’amour fou qui les unissait autrefois est là encore, mais qu’il est devenu impossible.

C’est la fin de l’Amérique, la fin du cinéma, et le début d’une solitude infinie.

Herman van den Boom, 101 Movies, A survey of American drive-in theatres / 1976, préface (flamand/français/anglais) Klaus Honnef, Yellow Now / Côté photon 2022, 120 pages

https://www.yellownow.be/post/101-movies

©Herman van den Boom 

https://www.hermanvandenboom.com/

https://www.leslibraires.fr/livre/21398690-101-movies-a-survey-of-american-drive-in-theat–herman-van-den-boom-yellow-now?affiliate=intervalle

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