
©François Sagnes
Arrive un moment, où, après avoir affronté ses monstres – appelons-les avec François Sagnes du terme générique de Bomarzo -, l’être humain en sa destinerrance connaît l’épreuve des seuils ultimes.
C’est alors la confusion des espaces et des temps, une lumière spéciale relevant probablement de l’épreuve du numineux.
Le chemin de création de François Sagnes est une recherche sur l’immémorial à travers les signes naturels (jardins du Rayol, veines des marbres de Carrare) et les édifices de pierre à valeur cultuelle (Egypte, Île de Pâques).

©François Sagnes
Sur l’espace du dessus de la toiture de la base sous-marine de Bordeaux, le photographe a découvert le Japon qu’il aime tant.
Dans ce lieu bâti par les esclaves du Reich, l’artiste a trouvé une grotte initiatique peuplée de pyramides de lumière et de torii involontaires.
Ce qu’il nomme Jardin de l’ombre, « espace ouvert aux quatre vents », est un temple sauvage, s’inventant aux lisières du terrifiant et du sublime.

©François Sagnes

©François Sagnes
En ce territoire inhospitalier où s’amoncellent çà et là des gravas provoqués par les bombardements américains de mai 1943, la vie reprend ses droits.
Les lézardes sont la chance des pousses végétales, les fissures et les entailles le paradis des plantes intrépides.
Kizu, dit-on parfois dans le lointain archipel.

©François Sagnes
Grâce de la blessure, dirait le janséniste muni d’un boîtier de vision égaré dans les vestiges de la guerre totale.
Ce Jardin de l’ombre, publié par Créaphis éditions reproduisant cinquante-deux photographies sur un ensemble de quatre-vingt-seize pièces, est une cellule de prière.
En cette proposition d’Annonciations semble flotter l’ombre du capucin Fra Angelico, enceint du Dieu de rédemption.

©François Sagnes
La chambre sur trépied que dispose François Sagnes est une cathèdre où se révèle de façon vertigineuse la structure archétypique de la psyché humaine, comme un mandala, mais en profondeur.
D’échos en échos, le lecteur/spectateur parvient au texte de Philippe Bonnin, spécialiste de la culture et des jardins japonais (livres chez Arléa notamment) : « Mais une règle : nul étalage de sentiments. Contenus, ils sont cent fois plus intenses. »
Un condamné à mort s’est échappé : il s’agit de la photographie argentique noir et blanc.

©François Sagnes
Devant une telle série, où la réitération fait loi, l’esprit menteur projette ses références (Bresson, art minimal, Lascaux, mystique catholique, japonisme), mais il faut d’abord faire l’expérience d’une déprise, et cesser le discours.
Rendez-vous donc à Arrêt sur image galerie (Bordeaux) pour faire l’expérience du silence.

François Sagnes, Jardin de l’ombre, texte (français/anglais) Philippe Bonnin, traduction Oliver Waine, réalisation Elvire Colin-Madan avec Aude Garnier, collection Foto dirigée par Pierre Gaudin, Créaphis éditions, 2023, 120 pages
https://www.francois-sagnes.fr/
http://www.editions-creaphis.com/fr/catalogue/

©François Sagnes
Exposition à Arrêt sur image galerie (direction Nathalie Lamire-Fabre), à Bordeaux, du 13 janvier au 10 février 2024
« La chambre sur trépied que dispose François Sagnes est une cathèdre où se révèle de façon vertigineuse la structure archétypique de la psyché humaine »
Restons calme !
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