
©Gabrielle Duplantier
La mémoire de l’enfance persiste, et le visage des proches, et les lieux qui nous ont fondé.
Avec Wild Rose, publié comme ses deux précédents livres, Volta et Terres basses, aux éditions Lamaindonne, Gabrielle Duplantier revient du côté de sa maison familiale, située dans les bois et près d’un lac, au Pays basque sûrement.
C’est une île familiale, un îlot où se retrouver intimement, une base arrière très en avant.

©Gabrielle Duplantier
Après les difficultés induites par la séparation des parents de la photographe, cette maison fut laissée à l’abandon, témoignant probablement ainsi de l’état de d’affliction de chacun.
Ayant beaucoup nomadisé, Gabrielle Duplantier, de retour chez elle, décide de lui redonner vie et lustre.
« Dans un état surnaturel, explique-t-elle en postface, j’ai jeté, trié, lavé, rangé, amélioré, créé des chambres. Avec mes frères, nous avons refait des plafonds et réparé des murs. Un oiseau tapait avec son bec aux vitres des pièces où je me trouvais. Je le pris pour un salut du ciel. »
Oui, cet oiseau initiatique est un signe de faveur, une approbation des mondes supérieurs, l’évidence de retrouvailles intimes.

©Gabrielle Duplantier
« C’est dans la forêt, poursuit l’artiste, que je me sens invincible. Ici, de retour à la source, je suis cachée, je suis un animal, je suis un végétal, je suis une enfant, je suis une rose sauvage. »
Le papier est déchiré, il faut le changer pour que rien ne change.
Tout parle pour qui sait percevoir les mystères du vivant, un lé, un vase, une racine.
Si les portraits d’amis et de proches composant Wild Rose relèvent d’une dimension introspective essentielle, les scènes qui s’offrent au regard de la photographe semblent quelquefois transfigurées, nimbées d’une lumière fécondant tout l’être.

©Gabrielle Duplantier
Des enfants jouent, le lierre n’arrête pas de grimper, le cours d’eau est renoirien.
Sont-ce des personnages humains ou des anges ?
Qui marche dans l’invisible sur les doux nymphéas ?
Il y a du vent, le paysage rugit, s’insurge, il faut écouter sa colère.
Une femme s’allonge sur l’herbe folle, c’est probablement une nymphe.

©Gabrielle Duplantier
La reliure suisse du livre permet une vision respectant chaque image, le blanc très présent offrant des espaces de silence au regardeur invité à partager quelques arpents d’énigme.
Si les chevaux pouvaient parler, ils auraient probablement la voix des conteurs du temps jadis.
Les sous-bois eux aussi ont tant de choses à nous dire.
Nous les regardons, mais ce sont eux qui nous contemplent.
Mais la merveille n’est pas que joie, Wild Rose est un livre où la mélancolie est aussi omniprésente.
Quelques rifs de la guitare du bluesman Robben Ford pour accompagner la lecture, et l’on pourrait se croire dans le Midwest américain.

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Une mésange, la présence fantomale d’un cimetière sous la neige, une biche peut-être moins égarée que nous.
Ici, en ces espaces secrets, les femmes sont des pythies, des orantes, des veuves antiques.
On avance peu à peu dans l’immémorial, Wild Rose est un long songe, l’inconscient exposé d’une maison hantée, et c’est envoûtant.

Gabrielle Duplantier, Wild Rose, texte Gabrielle Duplantier, éditions Lamaindonne, 2024, 148 pages
https://www.lamaindonne.fr/auteurs/gabrielle-duplantier/

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