
©Daphne Kotsiani
« While walking, don’t confuse the beat of your exhale, your heart’s rhythm, breath and thump, with that of the world. » (Dimitris Leontzakos)
C’est une évidence, si je dois me réfugier sur une île déserte, j’emporte avec moi la totalité des livres conçus à Livourne par Origini Edizioni.
Chaque ouvrage, chaque exemplaire, est un poème, un fragment de beauté arraché à la vulgarité de l’époque, un instant de salut.
Parce que chez Origini Edizioni, le visible est toujours un mystère, de l’ordre d’une épiphanie, d’une révélation sidérante, entre précarité de l’apparition et puissance de transfiguration.

©Daphne Kotsiani
Se présentant sous pochette translucide et reliure à œillets, These earthly shores, de Daphne Kotsiani, est composé de paysages horizontaux grands formats, accompagnés de fulgurances poétiques de Dimitris Leontzakos.
Le papier crisse sous la main, les photographies se découvrent par feuillets, il y a des pages de couleur ivoire à déplier donnant l’impression d’un monde total composé d’îlots à la dérive rassemblés dans l’espace d’un seul livre.
Rien de grandiloquent, mais le monde grandiose, plus vaste que nos logiques d’orgueil, plus tellurique, énigmatique, atemporel que destin d’humain.
On ouvre les pages d’un atlas très personnel, la lecture se fait expérience intérieure, la respiration devient plus profonde.

©Daphne Kotsiani
Où sommes-nous ? dans quel archipel ? dans quelles mers ? sur quelles terres de brumes et de vents formidables ?
Les paysages premiers se font matière psychique, on peut y naître et mourir, entre glace, roches et ciels tempétueux.
Daphne Kotsiani photographie des champs magnétiques, entre effroi romantique et joie extatique face à la calme démesure de ce qui est.
La nature ici est souveraine, tout regardeur est son invité, ce qui oblige.

©Daphne Kotsiani
L’anthropocène est aujourd’hui un sujet majeur, mais l’artiste s’intéresse moins à ce qui disparaît qu’à ce qui persiste et se transforme.
Cataractes, chutes de lumières, sillons de fécondité, montagnes lointaines.
Vit-on ou survit-on en ces confins où la photographe met son corps à l’épreuve ?
On y découvre quoi qu’il en soit l’intensité, qui est destruction des ordres sociaux mortifères, un basculement dans ce qui échappe à la piteuse pensée calculante.
On saute d’une falaise, mais l’on ne tombe pas, il y a tant d’oiseaux que des ailes nous portent.
Dans la plaine là-bas, tout au bout du bout de l’horizon, il y a quelques silhouettes d’hommes et femmes regroupés, dansant peut-être, ou se révoltant.
Ce sont des rescapés, la nouvelle humanité, un espoir.

©Daphne Kotsiani
Qu’y a-t-il de plus vrai que l’existence poétique ?
Dimitris Leontzakos l’écrit magnifiquement : « After the poem, the world returns to ignorance. »

Daphne Kotsiani, These earthly shores, poèmes (grec/anglais) de Dimitris Loentzakos, édité par Ilias Georgidias et Daphne Kotsiani, conception du livre Matilde Vittoria Laricchia, réalisation faite à la main par Eugenia Koval, Origini Edizioni, 2025, 80 pages – 150 exemplaires numérotés et signés
