Un parcours queer non binaire, par Lyoz Bandie, photographe

le

©Lyoz Bandie

Notre identité profonde va bien plus loin que notre nom et prénom.

Ce sont certes des ancrages sociaux, mais la société est moins forte que l’intime conviction.

Nous appartenons-nous ? Sommes-nous tout puissants ? Pas vraiment, mais nous pouvons peut-être nous correspondre mieux.

On peut tenter des prénoms, les essayer comme des vêtements, et adopter finalement celui qui nous conviendra le mieux.

©Lyoz Bandie

Avec La peau du prénom, publié à Liège aux éditions du Caïd avec la collaboration de Première Lame, Lyoz Bandie rend compte, de façon formellement très réussie (couverture argentée avec embossage, papiers jaunes en inserts pour les textes, documents divers), de sa quête d’un nouveau prénom.

Il s’agit, en photographies couleurs, de témoigner d’un parcours queer non binaire, c’est un diary à la matière très sensible.

L’artiste originaire de Tours, passé des études de droit à la réputée Ecole supérieure des Arts de Saint-Luc de Liège (bonjour Ambre Pinguet), a construit un travail pluridisciplinaire passionnant, ses images montrant la lumière et la fracture, la prolifération du sens et l’éclaircie, l’introspection et les ciels.

Iel est assis au fond d’une piscine, torse nu, dans un halo lumineux.

Iel regarde fixement le spectateur – le mot androgyne est-il adéquat ?

©Lyoz Bandie

Les surfaces sont polychromes, il y a de la féérie dans l’odyssée identitaire.

Blessure et masque.

Quadrillage et organisation végétale.

Barbe et épiderme nu.

Des fleurs poussent dans le ventre depuis le pubis, on se cherche, on se retourne, on se contourne, on est derviche tourneur.

Tiens, voici un formulaire de changement de nom.

Audrey ?

Arthur ?

Alexis ?

Anubis ?

La douceur est omniprésence, la tendresse est une éthique.

Pas de forçage, mais une écoute de soi, et une construction des images précautionneuse.

©Lyoz Bandie

La peau du prénom affirme la pudeur et l’aventure, la vie en chantier permanent, et la joie de l’expérience.

Vernis à ongle, chaussettes à l’effigie de Sardou, jeu avec les attributs sexuels.

Suis-je moi ? Suis-je l’autre ? Qui serai-je demain ?

Ce sexe me plaît, non je le refuse, oui, je le veux.

On n’est pas seuls, il y a des communautés, on peut s’aider, parler, échanger.

Prête-moi tes ailes de papillon, offre-moi ton feu, tes seins sont vraiment très beaux.

Tu aimes mes poils ? Regarde, si je croise les jambes comme cela, on ne voit plus ma queue, et passe dans le ciel la joie des étourneaux.

Nous n’avons pas le même âge, mais nous sommes frères-soeurs, j’aime les paillettes sur ta joue, tu aimes mes boucles d’oreilles.

Ponctué de portraits (Valentin, Elizabeth, Mai Yann, Sacha, Victor, Joséphine, Merlin, Edouard…), La peau du prénom est un livre fraternel.

C’est un espace où se retrouver, une surface de transmission, une énigme intime à partager.   

Et c’est très réussi.

Lyoz Bandie, La peau du prénom, graphisme Matthieu Litt & Lyoz Bandie, conception éditoriale Lyoz Bandie, Olivier Cornil, Emmanuel d’Autreppe, Pascal Schyns, Matthieu Litt, texte Anne-Françoise Lesuisse, Première Lame / Les éditions du Caïd, 2023, 272 pages

https://editionsducaid.com/fr-fr/products/lyoz-bandie-la-peau-du-prenom?_pos=1&_sid=b57dac951&_ss=r

https://lyozbandie.com/work

Laisser un commentaire