Afrique, rêve éveillé, par Gilles Nicolet, photographe

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©Gilles Nicolet

Encore une fois, les éditions norvégiennes Skeleton Key Press offrent un écrin somptueux à l’un de leurs auteurs, le photographe Gilles Nicolet.

Publié sous couverture en lin avec titre estampillé à l’encre rouge, Burnt Eyes, dont le contexte est africain, relève indéniablement du livre de poésie.

Composées admirablement, les photographies, qui sont presque toutes de format carré, relèvent d’un regard sur le monde qui est d’une contemplation à la fois sereine et stupéfaite face à la beauté de ce qui s’offre dans le cadre de vision.

©Gilles Nicolet

Il y a la force des éléments, la puissance du vent, un éclair zébrant la savane, des animaux, des objets nobles, des personnes dont on perçoit la profondeur spirituelle.

Nos civilisations à bout de souffle se déchirent, mais, malgré cette agonie douloureuse, le monde premier est encore là, et les peuples ayant trouvé en son sein une juste place.

Le noir et blanc magnifie l’ensemble du corpus, sans chercher à séduire : il est simplement la condition d’une introspection, et d’une extériorisation dépassant la simple temporalité des mortels.   

©Gilles Nicolet

Les poèmes de l’Indienne Tanur Shah accompagnent le livre, ils sont de l’ordre du chant du monde, d’un rappel d’une harmonie générale et transcendante.

Burnt Eyes est un livre de célébration, quand la splendeur de ce qui est enflamme les yeux et soulève l’âme.

On peut certes ressentir de la mélancolie, quand l’on sait de quels ravages écologiques et politiques s’extirpent ces images, mais il y a un embarquement, un souffle qui rappelle l’unité entre l’ensemble des vivants et des lieux qu’ils occupent, quand ils n’en ont pas été chassés.

©Gilles Nicolet

Gilles Nicollet n’enjolive pas, les situations peuvent être difficiles, et les corps abîmés, mais il recherche bien davantage la concorde dans la complexité que ce qui rappelle la déchirure.

Son livre est ainsi de dimension réparatrice, voire rédemptrice.

Il y a parfois du flou, parce que les identités figées sont surtout trompeuses, et qu’il faut aborder la vie dans son large processus, évolutif comme involutif.

Un éléphanteau enfermé, peau striée par le soleil filtrant à travers des barreaux, pleurent probablement sa mère disparue, ou simplement éloignée.

©Gilles Nicolet

On prie et l’on tue, on apparaît et l’on quitte cette terre en volutes de fumées.

Gilles Nicolet cherche les points d’équilibre, sans manquer la part de solitude immense en chacun.

Tout passe, tout meurt, tout persiste.

L’art photographique doit être considéré à cette aune.

La nature exposée dans ce livre est un réservoir de merveilles.

Un homme dort sur une planche de bois à l’ombre d’un banian monumental, et l’on comprend aussi que Burnt Eyes est un rêve éveillé.

Gilles Nicolet, Burnt Eyes, poèmes de Tanur Shah, préface de David Pilling, design du livre Russell Joslin, Skeleton Key Press (Norvège), 2026, 144 pages – 400 exemplaires

https://www.skeletonkeypress.com/

©Gilles Nicolet

https://www.skeletonkeypress.com/burnt-eyes

Burnt Eyes est le deuxième livre de Gilles Nicolet après Swahili (Editions Contrejour, 2019)

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