
©Catherine Corvec
Dor, de Catherine Corvec, est un livre somptueux formellement et sensiblement/intellectuellement saisissant.
Ce terme désigne en roumain, précise l’auteure ayant médité les propos de Cioran, une forme de mélancolie teintée de résignation et d’acceptation du destin.
On ouvre la couverture cartonnée comprenant une image imprimée sous la forme d’un tondo – on pense au Bal des vampires de Polanski -, et l’on entre au pays du voïvode Vlad Dracul, soit en un territoire où la fiction se mêle à la réalité, où les ombres cachent de terribles mystères, où la menace plane sans discontinuer.

©Catherine Corvec
Le danger ici s’appelle, pour l’époque récente, discrimination ethnique et religieuse, pogrom, déportation, extermination des juifs.
« Je voulais, écrit en préface Catherine Corvec, qui s’est rendue notamment dans le village de Strimtura, dans les Maramures, où les familles juives furent persécutées, évoquer l’absence. »
Publié sur beaux papiers, les quelques images en noir & blanc de Dor font entrer le spectateur dans un domaine où le fantastique et les rites ancestraux ne sont jamais loin des drames contemporains.
Un village photographié de nuit, en hiver – image tenant par de simples points de colle, elle pourrait se détacher et nous emporter dans ses sombres corridors.

©Catherine Corvec
Une vielle femme en habit traditionnel, assise dans sa cuisine, mains levées, invoquant l’invisible.
Des animaux, des masques, des présences.
Dor est un livre soustractif, fonctionnant d’abord par tout ce qu’il ne dit pas, laissant à son regardeur le soin d’en interpréter les signes.
Beauté et solennité des visages.

©Catherine Corvec
Des photographies quelquefois légèrement floues traduisent le secret des rites, des gestes, des attitudes.
Une peau d’ours, une peau ridée, du froid.
Un bébé emmailloté posé sur de la paille.
Impression de folie douce, et d’entrée progressive dans le royaume des morts.
On pense aux shtetls, au yiddish, aux communautés assassinées.

©Catherine Corvec
L’œuvre de Caterine, même si elle en livre quelques clés, est bien plus interrogative qu’explicative.
Le soin mis à la composer relève du calme intérieur le plus profond que l’on peut appeler, au sens fort, la poésie.
Soit ce qui fonde, ce qui rappelle, ce qui laisse coi.

Catherine Corvec, Dor, text (french/english) Catherine Cornec, book design Odilon Coutarel, consultant Dietrich Lasch, photoengraving Christophe Boënnec, manufacturing John Briens, autopublication, 2025 – 300 exemplaires numérotés et signés par l’artiste

©Catherine Corvec
Ecrire à l’auteure : catherine.corvec@gmail.com / sur Instagram : catherinecorveclash

©Catherine Corvec
En librairie (liste non exhaustive) : Nouvelle Chambre Claire, Mahj, mémorial de la Shoah, Le Silence de la mer (Vannes)