
Mère et son bébé, 1895, Sorolla
J’ai découvert, lors de mes pérégrinations espagnoles avec Valentine, le peintre Joaquin Sorolla (1863-1923), à Saragosse, à Montserrat, à Madrid.
Reproduisant une soixantaine d’œuvres, une très belle édition conçue par Hazan – volume relié cartonné, couverture au toucher soie, jaspage et titre bleu métallisé – le met en lumière, tout en l’accompagnant d’un texte de Joséphine Bindé, historienne de l’art.
« Avec brio, écrit-elle en préface, le peintre saisit au vol de simples scènes quotidiennes, insouciantes, où une épure très moderne cohabite avec des effets techniques virtuoses. Si bien que, de son vivant, il est déjà reconnu comme le plus grand artiste espagnol de sa génération. »
Mais, qu’a peint concrètement le maître valençais ?
Des scènes de plages ibériques baignées de lumière, d’élégantes femmes en robe blanche, des enfants qui jouent, des situations de plein air, des eaux turquoise, des jardins superbes.
Des portraits.
Ses proches, notamment son épouse Clotilde et ses filles.
Il y a une utopie Sorolla, héritier des impressionnistes, la sensation d’un bonheur possible, d’une paix générale au contact des éléments naturels.
Le temps n’existe plus, c’est la mer allée avec le soleil.

Le Bain du cheval, 1909, Sorolla
« Son pinceau chargé rend palpables la douceur crémeuse du sable et la texture mousseuse de l’écume, poursuit Joséphine Bindé. Si l’azur, le blanc et le crème demeurent ses teintes favorites, ses toiles affichent parfois des associations hardies de tons plus vifs, saturant le bleu turquoise de la mer et la lumière orangée du soleil couchant. Travailleur acharné, Sorolla peint en plein air jusqu’à l’épuisement, réalisant des œuvres d’une seule traite. »
Dans le grand format Le Bain du cheval, le peintre, adoptant un point de vue légèrement en plongée et un cadrage serré, dessine un jeune homme nu portant un chapeau de paille, et tirant de l’eau mauve un cheval, la musculature naissante de l’un correspondant à celle de l’autre, l’équidé en marche. Au loin voguent quelques embarcations, le vent est puissant sans manquer d’être doux.
Plus loin, le double portrait de Clotilde et de son bébé, endormis de concert dans un immense lit blanc, fait naître chez le spectateur un sentiment d’harmonie, et, par le volume des draps, de volupté – on peut avec Joséphine Bindet penser au Berceau, de Berthe Morisot (1872).
Chez Sorolla, qui entame son œuvre par des scènes de réalisme social (La Traite des Blanches, 1895, Et ils disent que le poisson est cher !), on est étendu sereinement sur le sable ou l’herbe, on prend soin de sa vêture, les fleurs sont paradisiaques.

Réparer la voile, 1896, Sorolla
Un groupe d’hommes et de femmes sur une terrasse ensoleillée réparent ensemble une voile (Réparer la voile, 1896) : chacun est concentré dans ce travail mené en commun sous une lumière douce filtrée par une pergola, la voile occupant la majorité de l’espace du tableau est comme une mer intérieure.
C’est merveilleux.

Sorolla, texte Joséphine Bindé, directeur Jérôme Gill, responsable éditoriale Anne-Isabelle Vannier, lecture et correction Sandra Pizzo, fabrication Francis Verdelet, Hazan, 2026, 140 pages
https://www.editions-hazan.fr/livre/sorolla-lart-en-lumiere-9782754118101/