L’esprit des chevaux, l’unité du vivant, par Anja Niemi, photographe

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©Anja Niemi

Faut-il encore présenter les éditions norvégiennes Skeleton Key Press, dont je fais systématiquement l’éloge dans L’Intervalle ?

Parce que règnent en des livres toujours parfaitement conçus – sur papier épais légèrement crème – un silence qui apaise tout en interrogeant.

Parce que la puissance et le calme.

Parce que le mystère d’être au monde dans la sensation d’unité entre les vivants, humains ou non.

Parce que le visible ne se concevant que dans la levée des voiles et sa part d’invisibilité.

©Anja Niemi

A naturalist guide to magic, cinquième monographie de la Norvégienne Anja Niemi, célèbre la douceur et la fécondité des liens entre le cheval, l’humain et l’environnement naturel.

On pense à Emerson, à la liberté whitmanienne, aux westerns de notre enfance – les sables, la rocaille et les ciels de Monument Valley -, mais en mieux, la violence ayant laissé place à une nouvelle harmonie.

Des rochers comme des chevaux couchés, une solitude qui n’est pas un esseulement mais une réappropriation de l’espace, une poésie qui n’est pas une subjectivité exposée, mais l’évidence d’une beauté transcendant les jugements.

©Anja Niemi

Un grillon, animal initiatique, nous accueille, nous tournons des pages qui sont des planches de maître, le paysage est grandiose, cependant sans effroi.

La gent équine est très présente, qui évoque les mustangs des Misfits de John Huston, mais ici ce ne sont pas des bêtes traquées par des cowboys aux abois, plutôt des rappels d’une sérénité fondamentale.

A naturalist guide to magic pourrait d’ailleurs être le livre d’un cheval, si Anja Niemi n’était née sous une apparence humaine.

©Anja Niemi

Se présente un vacher vêtu de cuir, franges indiennes, noblesse d’un seigneur portant lasso et chapeau pour se protéger de la poussière des pistes, ou du soleil ardent tapant la plaine en plein midi.

Le mal est une clôture – leçon de Jean-Jacques Rousseau tirée de son essai De l’inégalité parmi les hommes -, mais aussi la rupture des liens entre les espèces, stupidement hiérarchisées.

Par son ouvrage aux très belles nuances de noirs, de gris, de blancs – comme chez Ansel Adams -, Anja Niemi nous rappelle la noblesse d’être au monde, berger de l’être, force du sacré, qu’il s’agisse d’une chèvre, d’un égouttoir, ou d’une baignoire écaillée.

©Anja Niemi

Tout fait racine, tout dialogue, tout se déploie dans l’interdépendance des formes et des substances.

Une rivière sans remous, une caravane posée sur pilotis dans une forêt, une boussole.

L’humanité a perdu ses repères, il faut réinventer des chemins de réconciliation, A naturalist guide to magic nous offre la chance d’un réenchantement.  

Anja Niemi, A naturalist guide to magic, text George H. King, edited and designed by Anja Nemi & Russell Joslin, Skeleton Key Press/Russell Joslin Publishing (Oslo), 2025, 156 pages – 400 copies

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