Avec les Indiens Lakotas, par Simon Vansteenwinckel, photographe

©Simon Vansteenwinckel

« Les Blancs ont la fâcheuse obsession de croire que toutes les histoires commencent par leur arrivée. C’est en général l’inverse qui se produit, les histoires se terminent sous leurs bottes, leurs armes et leurs tronçonneuses. » (Eliane Brum)

Les amateurs de photographie et de chevauchées indiennes se souviennent peut-être du livre de Guy Le Querrec et Jim Harrison, Sur la piste de Big Foot, publié chez Textuel en 2000, documentant admirablement la marche commémorative des Sioux Lakota ayant eu lieu une décennie plus tôt à l’occasion du centenaire du massacre de Wounded Knee.

On pense aux westerns de notre enfance, mais ici ce sont des bébés et des familles de chair qui ont été exterminés par des soldats du 7ème régiment de cavalerie.

©Simon Vansteenwinckel

Devant la « Danse des esprits », organisée par un mouvement indien messianique se répandant parmi les communautés des Plaines, les autorités américaines prirent peur, et commirent d’atroces crimes de guerre.

Rendant hommage à la résistance indienne, et au célèbre photographe de l’agence Magnum, Simon Vansteenwinckel, dont le nom, par modestie et admiration envers les êtres qu’il a rencontrés, est à peine noté dans le colophon du livre Aux Ombres, a suivi les Indiens ayant parcouru pendant deux semaines 450 kilomètres à cheval dans des conditions climatiques parfois extrêmes.

©Simon Vansteenwinckel

Livre de dimension mémorielle, Aux Ombres est d’abord un livre pour les temps présents, pour tous ceux qui pensent nécessaire de rétablir un lien entre les vivants et les morts, et de retisser des liens de solidarité et de spiritualité très forts.

« C’est ce que cette série tente de montrer par le biais de cette chevauchée (Omaka Tokatakiya / Future Generations Ride) où, pendant deux semaines, explique le photographe belge, les anciens s’occupent des jeunes, les sortent de leur quotidien, leur apprennent à monter à cheval, à être bienveillants envers eux, mais leur font également côtoyer l’âme et l’histoire de leur nation. Comme ils disent, ce n’est pas une promenade mais une chevauchée spirituelle. »

©Simon Vansteenwinckel

On peut parler de résilience pour un peuple précarisé, méprisé, violenté, mais porté par une force vive envers les ancêtres très intimement respectés.

Marquées par un grain puissant, comme une pluie temporelle, entre révélation, magie de l’apparition et danger de l’effacement, les images de Simon Vansteenwinckel sont puissantes et poétiques, rendant compte d’un imaginaire ayant forgé notre rapport à la terre sacrée des Amérindiens refaçonnée par les Visages pâles.

La route herbeuse, les poteaux électriques, les ciels immenses.

Des chevaux, des chiens, des tombes.

©Simon Vansteenwinckel

Flotte le maudit drapeau américain.

Une maison en bois approchée silencieusement, comme épiée par quelques rampeurs cherchant à déloger les colons.

Ils arrivent, les voici traversant de vastes étendues, portant les symboles de leur peuple.

Aux Ombres est plus qu’un livre, c’est une sorte de fumigation visuelle en hommage à l’esprit des Indiens se souvenant des leurs.

©Simon Vansteenwinckel

Les pellicules sont quelquefois périmées, les mousses imparfaites du boitier laissent passer des rais de lumière, le hasard devient nécessité, il y a des gros plans, du flou, et des images de type documentaire.

Des solos, des diptyques, des triptyques.

Des pages blanches, des contours blancs ou non, de merveilleuses nuances de gris.

La nature souveraine, des chardons, des brumes.

Cigarettes, capuches, glaces.

©Simon Vansteenwinckel

La chevauchée jusqu’au lieu du massacre est une expérience initiatique.

Il faut affronter les frimas, reprendre possession des lieux, être courageux ensemble.

La présence des enfants est essentielle, qui sont de futurs messagers.

Accompagné d’un texte informatif et personnel très précis, le corpus indien de Simon Vansteenwinckel se rattache logiquement, par ce qu’il convoque d’une intensité corporelle et psychique de l’ordre d’une obstination à persister dans son être, à ses précédents livres, certes davantage ancrés dans une culture underground, ou décalée des diktats visuels dominants.

On va vers la danse, vers l’extase, vers la refondation par le collectif.

©Simon Vansteenwinckel

Par son aspect cinétique, et presque cinématographique, Aux Ombres pourrait être composé des photogrammes d’un film hollywoodien indépendant, mais c’est bien mieux que cela, c’est un acte de création ne séparant pas la geste politique du sentiment de la nécessité de l’existence poétique.     

Une partie des droits d’auteur de ce livre sera reversée aux cavaliers afin de participer aux prochaines chevauchées.

Comment dit-on âme noble en langue Lakota ?

Simon Vansteenwinckel, Aux Ombres, photogravure Guillaume et Chloé Geneste, éditions Lamaindonne, 2025, 224 pages

©Simon Vansteenwinckel

https://www.lamaindonne.fr/produit/aux-ombres/

https://simonvansteenwinckel.com/aux-ombres/

https://www.polkagalerie.com/fr/exposition-the-horse-nation-de-simon-vansteenwinckel.htm

https://fondsdedotation-lacense.org/concours-photographique-2024/

©Simon Vansteenwinckel

Exposititon à Polka Galerie, du 11 septembre au 25 octobre 2025

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Se lancer sur un tel sujet après le superbe travail de Guy Le Querrec était extrêmement ambitieux et risqué. Je ne suis pas certain qu’il parvienne à s’en détacher suffisamment. Même si son style est différent, avec beaucoup plus de grains notamment, j’ai passé le livre à me souvenir des (et à comparer avec les) photos de « La piste de Big Foot ».

    Pour ceux que l’histoire des Sioux Lakotas intéresse je recommande vivement : Hämäläinen PJ. 2019. Lakota America: a new history of indigenous power. The Lamar series in western history. Yale University Press: New Haven (Conn.).

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