
Gustave Courbet aime les femmes, aime le sexe, aime la grâce, aime la volupté, aime la violence.
Lorsqu’il rencontre l’aventurière Mathilde Montaigne Carly de Svazzema, d’origine corse, son cœur s’affole.
Elle lui écrit des lettres d’un érotisme intense, et même pornographiques, sa raison défaille.
Courbet voit dans le sexe débondé un témoin majeur de liberté, mais le peintre génial est aussi naïf, qui semble ne pas comprendre que son épistolière enflammée, appelée « petit lutin chéri » ou « petit démon ardent », est une intrigante usant avec habileté du point d’exclamation comme des ses jupons retroussés.
Gallimard, en collaboration avec la Ville de Besançon, publie leur correspondance inédite – elle était jusqu’alors jugée trop scandaleuse pour être dévoilée -, tenue de l’automne 1872 au printemps 1873 entre Paris et Ornans, soit 152 lettres en 162 jours.
Mathilde, qualifiée par ses contemporains de « rouleuse d’hommes en vogue », a écrit ses lettres, précise dans un avant-propos Petra ten-Doesschate Chu, « pour susciter une réponse érotique maximale. »
D’abord sur la réserve, ce qui suscite le désir de Courbet, elle lui répond bientôt de façon ardente sur le terrain sexuel.
Ainsi ces mots datés du 6 décembre 1872 : « J’ai en dessous du mont de Vénus, entre les 2 lèvres que vous paraissez aimer, un petit bouton rose et tendre qui se raidit tellement que je ne sais pas quoi faire pour qu’il me laisse tranquille. Je ne puis rester ni assise ni debout. »
Chacun se promène en imagination sur le corps de l’autre.
De nouveau, faussement ingénue : « Comment se met-on en levrette, dis ? C’est bête à moi de te demander cela. C’est-à-dire sur les pattes de devant, le derrière en l’air ? Réponds-moi. »
Courbet ne signe pas ses lettres, et veille à protéger sa réputation, la menace d’un procès planant sur lui – comme le rappellent Ludovic Carrez, Pierre Emmanuel Guilleray et Bérénice Hartwig – qui pourrait le condamner à rembourser les frais de rétablissement de la colonne Vendôme (action héroïque de vandalisme du peintre communard).
Il faut être prudent, alors que Mathilde commence à lui demander de l’argent.
Courbet est sans tabou, livrant tous ses fantasmes, notamment sur le tribadisme, la masturbation et l’usage de godemichets – enfin, le lecteur les découvrira peut-être dans toute leur ampleur s’il accepte de se faire voyeur.
La matérialité du corps répond chez lui à celle de la peinture, dans un mouvement quasi ogresque.
Mathilde accepte de poser : « Tu feras scrupuleusement l’image de mon grand con parce qu’il est à toi ! Tu le feras comme tu voudras et il ne et quittera jamais. Tu auras la motte dorée, les cheveux frisés, la naissance de mes cuisses et de mon ventre… »
Comment ne pas penser bien entendu à L’Origine du monde (modèle Constance Quéniaux) ?
Mathilde joue le rôle d’un stimulant sexuel pour un correspond épris de réalisme.
Elle écrit le 7 décembre 1872 : « J’ai des envies de me mettre presque nue, des envies de me coucher. Je voudrais vous enlacer de mes bras. Je voudrais voir, ou plutôt sentir ce bon baiser promis, ce baiser qui doit aller au fond de ma gorge. Je voudrais moi aussi embrasser autre chose. Je voudrais lui faire des misères, je voudrais le tourmenter ce petit Monsieur : Gustave. »
Très bien écrites, les lettres de l’impétueuse courtisane exprimant peu à peu ses besoins – financiers – sont un régal.
Il est difficile de ne pas croire en la sincérité de l’amante admirant le grand peintre, tout en ayant la conviction d’une superbe escroquerie.
20 décembre 1872 : « Cher mignon, la nuit je ne sais ce que je fais, comment je dors, mais je sais bien que je suis inondée et que c’est du bonheur perdu. »
Et tout ira crescendo.
Allez, j’arrête, j’ai des lettres à écrire.

Gustave Courbet, Correspondance avec Mathilde, préface Anne Vignot, avant-propos Petra ten-Doesschate Chu, essai de Ludovic Carrez, Pierre Emmanuel Guilleray et Bérénice Hartwig, texte de Laurence Madeline, Gallimard / Ville de Besançon, 2025, 368 pages
https://www.gallimard.fr/catalogue/correspondance-avec-mathilde/9782073096890
