Sortir de la prison du temps, par Valentin Retz, écrivain

« Il faut dire que j’avais accepté depuis longtemps que le mystère fût au fondement de l’univers, gouvernant aussi bien les objets corporels que les esprits immatériels. »

Publié par Yannick Haenel dans la collection « Aventures » des éditions Gallimard, La longue vie, de Valentin Retz, est le livre du nouveau monde.

Un monde habité par des savants géniaux rêvant à la reprogrammation cellulaire permettant de ne pas vieillir ; un monde où se manifeste encore à chaque instant la présence du Christ de miséricorde et de rédemption ; un monde où la littérature n’en finit pas d’écrire les vies qu’elle convoque.

Entrelaçant ces trois dimensions, La longue vie propose à travers son narrateur une expérience du temps.

L’incipit fait penser à quelque carrefour existentiel décrit par Dante : « La vie m’avait déjà mené par des chemins étranges. »

Nous sommes en 2022, les cataclysmes se déclenchent un peu partout sur la planète, la Terre devient infernale.

Extinction de masse, abrutissement généralisé, planète malade au stade terminal.

Le diagnostic est fait, pas la peine de s’attarder, La longue vie s’écrivant depuis un point de retrait salutaire, au-delà de l’affliction, dans cette zone de confiance où se présentent des phrases exactes.  

La maladie est la conséquence d’un mauvais rapport avec le spirituel. En quelque sorte, elle nous teste.

Victime d’acouphènes, le narrateur en est soudain soulagé alors qu’il se rend comme chaque semaine, par deux fois, à la prison de la Santé, y étant reçu d’abord en tant que visiteur, puis aumônier catholique.

La Santé, voyez-vous ça.

Trouver le calme et le silence au cœur du vacarme, tel est désormais l’enjeu de toute survie psychique.   

Ecrivant les scènes de son livre, le narrateur s’aperçoit soudain que celles-ci prennent vie devant lui, avec lui. Il n’y a plus distinction entre l’univers de la création et la quotidienneté, mais une même réalité psychophysique.

Forme contemporaine de l’Antechrist, scientifique bardé de diplômes développant à coups de millions de dollars un protocole de recherches afin d’empêcher le vieillissement, voici donc Nikopol au volant de sa Tesla, ayant échappé à sa femme Erinye, mais qui renverse un jeune homme perdant immédiatement connaissance.

Curieusement, le visage du malheureux ressemble au sien : et s’il avait percuté son propre double portant le nom de Démocrate, étudiant en littérature travaillant sur le thème de l’amour dans les lettres françaises (de Guillaume IX d’Aquitaine et Madame de La Fayette à Michel Houellebecq)  ?

A partir de cet instant, les récits vont s’enchâsser, comme chez Diderot, ou dans un roman picaresque.

Ouvrant l’un des carnets moleskine subtilisé dans la poche du jeune homme, Nikopol découvre un récit écrit en grec centré sur le personnage d’Apollos, disciple du maître spirituel Jean le Baptiste, décapité en Galilée sur l’ordre d’Hérode Antipas.

Les temps se mêlent : époque biblique, époque contemporaine, présent de l’écriture.

Qui possède la puissance : le scientifique, l’homme de foi ou l’écrivain ?

Qui résistera le mieux à la mort ?  

Qui est le maître du Royaume ?

La longue vie est un livre où les phrases créent des mondes ouverts sur d’autres mondes, on y glisse et y chute, sans tomber.

On y croise Philippe Sollers – premier éditeur de Valentin Retz – au moment de son décès, et de sa seconde vie, tout en suivant les destins de Nikopol, d’Apollos, de Démocrate, et de quelques incarcérés dans la prison parisienne.

« Car l’être humain n’évolue pas à l’intérieur du temps à la manière d’un objet qui se déplace dans l’espace. Voilà ce que j’ai appris. D’ailleurs, l’être humain n’évolue pas du tout à l’intérieur du temps. Au contraire, c’est en lui que le temps évolue et se temporalise ; en lui, et dans sa conscience. Ce qui signifie, entre autres choses, qu’il est possible d’expérimenter par avance l’être réel que nous ne sommes pas encore, mais que nous deviendrons dans le futur ; le temps formant, comme je l’ai dit, un bloc indivisible de moments simultanés. »

La longue vie prodigue un savoir qui, depuis l’intensité de l’existence spirituelle, sort du chaos des temps maudits pour découvrir la vérité d’une vibration lointaine, se réactualisant à la faveur de chaque geste et parole libres.

Elle se trouve sur le mont Athos, dans une rue parisienne, dans un hôpital, dans un village de Palestine, dans une prison, et dans un livre ouvert à la possibilité de la grâce.  

Valentin Retz, La longue vie, collection « Aventures » dirigée par Yannick Haenel, Gallimard, 2026, 198 pages

https://www.gallimard.fr/catalogue/la-longue-vie/9782073115416

https://www.leslibraires.fr/livre/25273479-la-longue-vie-valentin-retz-gallimard?affiliate=inervalle

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