Afrique, un conte pictural, par Myriam Viallefont-Haas, photographe, artiste visuelle

©Myriam Viallefont-Haas

Vous vous souvenez peut-être de la polémique qu’avait suscité le titre du film documentaire de Raymond Depardon, Afrique, comment ça va avec la douleur ? (1996) – j’entends encore les protestations du cinéaste mauritanien Abderrhamane Sissako.

Loin de cette vision doloriste, Myriam Viallefont-Haas a conçu un livre éclatant de couleurs relatant quarante années de voyages dans le continent africain, Pop’Africa.

Il ne s’agit pas d’une vision tronquée, ou purement subjective, mais d’une façon enthousiasmante, par le procédé de la peinture sur image, de rendre compte de la vitalité des populations rencontrées, en Somalie, en Namibie – lors de la lutte pour l’indépendance -, au Kenya avec les Massaï.

Les images publiées en grand format se présentent pleines pages, les yeux pétillent : la vie d’abord, semble nous dire l’artiste ayant fait dériver sa pratique documentaire dans le domaine de l’onirisme et de la réinvention plastique.

Les images sont des matériaux disponibles, qui deviennent, une fois posé le pinceau qui les métamorphose, des contes visuels – selon les propres mots de Myriam Viallefont-Haas.

« Chaque image, déclare-t-elle à Caroline De Hugo, est pensée comme une scène symbolique, presque mythologique. Les couleurs, les motifs, les interventions picturales sur la photo ouvrent des récits multiples, des pistes oniriques. Pop’Africa invite le lecteur à un voyage intérieur, où l’Afrique devient à la fois territoire vécu, rêvé, transfiguré. »

©Myriam Viallefont-Haas

Savoir célébrer la beauté n’est pas neutre, c’est une ambition certes esthétique, mais également éminemment politique à l’heure de l’enténèbrement de notre planète.

La Namibie en guerre en 1983 est cependant encore un territoire aux « paysages inouïs, dignes des débuts du monde : les immenses déserts du Namib ou du Kalahari, les dunes de sable rouge sur la route de Mariental, les envolées d’oiseaux et de springboks, la savane parsemée de petits villages en parpaings et en tôle ondulée où jouent les enfants himbas sédentarisés. »   

Les couleurs vives posées sur les photographies en noir et blanc accroissent encore la dimension énergétique des images, qui deviennent comme des tissus polychromes que l’on porte un jour de fête.

Il y a ici de la joie, de la gratitude, une forme d’innocence enfantine dans le traitement des couleurs qui touche quant à la façon de les appliquer sur l’image.

Quelquefois, tout n’est pas peint, et l’on perçoit la force de renouvellement qu’opère l’artiste à partir de son corpus premier.

Un réenchantement, et une façon de s’éloigner du vérisme pour entrer dans le royaume du merveilleux existentiel.

Myriam Viallefont-Haas a travaillé avec MSF auprès des réfugiés du camp d’Ali Matan en Somalie dans les années 1980, mais ce n’est pas le drame qui l’emporte – position éthique -, plutôt la concorde, l’harmonie, l’effort communautaire, la puissance de courage des femmes.

C’est maintenant le Kenya, la grande ville de Nairobi, l’intensité des échanges, un pays devenu l’un des plus dynamique d’Afrique.

« Dans les rues, les minibus ou matatus, véritables œuvres d’art ambulantes, attirent immanquablement mon regard. Mais depuis mon premier passage, c’est surtout le nombre des motos, plus ou moins bricolées, qui a explosé. Le ballet incessant des boda-bodas, ces motos-taxis, dessine de véritables arabesques dans le trafic intense et chaotique. Sur les murs, la publicité omniprésente offre un aperçu fascinant du marketing local, à travers un kaléidoscope de couleurs. »

Bricolage existentiel et bébés éléphants nourris au biberon.

©Myriam Viallefont-Haas

Temples de commerce en couleurs et savane à protéger.

Tenir ensemble la tradition et la modernité.

Rencontrer les Massaï, entrer dans le mythe des hommes rouges.

Pop’Africa n’est pas qu’un livre optimiste, c’est une cérémonie, une façon de renouer un rapport sacré avec l’autre et le monde par le truchement de la magie des couleurs.

Un hommage à la diversité, une façon de lutter contre les névropathes et la sinistrose générale.

Ainsi que Rima Samman il y a quelques mots avec Le Bonheur tue (Filigranes Editions), cette autre tentative, particulièrement réussie, de traverser le mal par la force graphique et la puissance des pigments.  

Myriam Viallefont-Haas, Pop’Africa, texte de Caroline De Hugo, édition Eric Cez & Anne Zweibaum, conception et réalisation graphique José Albergaria, traitement des images David Quattrochi, Editions Loco, 2026, 164 pages

https://www.editionsloco.com/livre/popafrica

/https://www.editionsloco.com/biographie/viallefont-haas/

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