Le livre des livres, par Bernard Plossu, photographe

« Dissimulons-nous derrière ces rochers. Une fois les Pawnees passés, nous reviendrons sur nos pas. » (Bernard Plossu)

Huitième ouvrage de Bernard Plossu aux éditions MarVal-rueVisconti, D’un livre à l’autre était attendu depuis longtemps.

Il s’agit en quelque sorte du catalogue raisonné de ses titres de livres – plus de trois cents à ce jour -, dont on sait que l’homme au Nikkormat, par ailleurs ardent lecteur, est friand.

Il est frappant de constater à quel point le photographe a multiplié les collaborations avec des auteurs de multiples provenances, tout en gardant une grande fidélité envers ses éditeurs, et ses premiers cocréateurs que sont les tireurs d’images, son épouse Françoise Nunez d’abord, et Guillaume Geneste, qui préface ce dernier opus.

On a quelquefois vite fait de se faire une opinion sur l’œuvre de Bernard Plossu, dont l’ampleur échappe généralement, tant par ses thématiques que par ses formes.

Guillaume Geneste rappelle cette admirable formule de Gilles Mora : « On ne regarde pas les livres de Bernard Plossu : on les lit. »

L’ensemble des livres de l’inlassable marcheur constitue une fabuleuse bibliothèque vivante : le monde disparaît à vue d’œil, l’artiste, qui est d’une curiosité considérable, vous le restitue, franchement, et avec tout son mystère.

Une telle entreprise est colossale : à cette aune, trois-cents livres ne sont presque rien.

Il aime passionnément les livres, les dévore, les pense, les invente – toujours plusieurs projets en même temps.

Ce sont en quelque sorte les réceptacles de sa très grande culture, littéraire, musicale et visuelle, qu’elle provienne de la fréquentation des œuvres de ses confrères, du cinéma, de la peinture – de préférence romaine, et des années 1950 -, de l’architecture.

Ses admirateurs cherchent parfois à le circonscrire, s’enorgueillissant de posséder un bel ensemble de son corpus, mais Bernard Plossu a toujours quelques livres d’avance en préparation, il va vite, c’est son côté indien, ou espiègle à la façon de Bibi Fricotin.

Vous ne l’attrapez pas, il connaît les passages secrets entre les montagnes.

Bien sûr, Le Voyage mexicain, publié en 1979 aux éditions Contrejour (Claude Nori) est l’un des livres de photographie les plus importants, modestes et émouvants, du siècle– être hippie, ou rien -, mais il fallait ce livre des livres pour évaluer la totalité de son apport.

Avec Bernard Plossu, le voyage est permanent, de pays à pays, d’un livre à l’autre, dans une variété de sujets se reliant, se complétant, s’enrichissant, qui est la marque d’un esprit humaniste.

Ses amis sur toute la planète sont innombrables, des plus grands aux plus inconnus, il ne faut pas hiérarchiser, mais savoir aimer.

Il y a de grands livres, et d’autres moins repérés, peut-être du fait de leur humilité – et alors ?

« Plossu, à n’en pas douter, avance Guillaume Geneste, a bien deux œuvres en lui. La première est celle qu’il présente dans les centres de photographie et les musées, celle qui se vend et s’expose dans les galeries qui le représentent. La seconde est cette œuvre plus littéraire que le photographe élabore à travers les nombreux livres qu’il publie. C’est une œuvre qui se lit et se regarde en même temps, reconnaissable par le style du photographe, constitué principalement de photographies de scènes de rue et de paysage des pays qu’il traverse. Une œuvre mêlée de nombreux portraits, ceux que Plossu prend lors de ses rencontres comme ceux de ses proches. »

Allez, un petit test.

Quel est le livre publié en 1979 par les éditions Phot’œil (Alain Fleig) que Carole Naggar a préfacé ?   

Qui a publié en 1986 en phototypie Avant l’aube ?

Quel est le procédé d’impression du livre de 1988 Les paysages intermédiaires (Editions Contrejour / Centre Georges Pompidou) ?

Quels sont les titres qu’a accompagnés de ses textes Stuart Alexander ?

Que voit-on en couverture de Dopo l’estate (Editions Art&, 1989) ?

Quels sont les œuvres commandées par Pierre Devin pour la Mission Photographique Transmanche ?

A quel titre pensez-vous pour l’année 1991 ?

Quel est le sous-titre de ‘nuage / soleil’ publié par Marval en 1994 ?

En quelle année a été publié par l’IVAM (Valence, Espagne) le catalogue majeur Fotografia ?

Citez au moins huit livres publiés par Patrick Le Bescont (Filigranes Editions).

Dans quelle ville furent exposées les photographies du livre O pais da poesia ?

Où se situent les images de En ville (2000) ?

Qui est le coauteur de L’espion des Pouilles (2004) ?

Voilà, le jeu peut continuer, mais chacun constatera l’immensité du travail accompli.

Comment ne pas s’émerveiller ?

Bernard Plossu, D’un livre à l’autre, texte Guillaume Geneste, MarVal-rueVisconti, 2026, 226 pages

http://www.marval.fr/

https://www.la-chambre-noire.com/pages/contact.html

https://www.leslibraires.fr/livre/25936752-plossu-d-un-livre-a-l-autre-bernard-plossu-guillaume-geneste-marval?affiliate=intervalle

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  1. Avatar de landslowly5e0d8f04be landslowly5e0d8f04be dit :

    Trés beau texte qui rend parfaitement hommage, et donne sens, à sa production boulimique de livre.

    J’ai la réponse pour « En ville » au moins : Bruxelles. Et sûrement aussi pour les commande de Pierre Devin : le superbe « Paris – Londres – Paris » avec M. Butor (à qui on doit le titre « Les paysages intermédiaires » si je ne me trompe) qui est le Cahier n°1 je crois, mais aussi « Route n°1 » avec JC Bailly.

    Le jeu devient alors « et s’il ne fallait en garder qu’un ? » dans cette formidable production. Peut-être « Au nord » ou « Cinéma fixe » ou « Forget me not » ou… c’est impossible.

    SL

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