Sous les ailes de ses paupières, par Nuno Moreira, photographe

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©Nuno Moreira

Mais quel bonheur de rencontrer un nouvel auteur avec des livres dont on ignorait totalement l’existence.

J’ouvre ainsi du photographe portugais Nuno Moreira deux volumes dont les images consonnent, Zona (2015) et She looks into me (2018).

Des noirs profonds et des zones de lumière évoquant une transfiguration.

Une clef est donnée, elle ouvre la porte des songes.

©Nuno Moreira

Le noir et blanc de Nuno Moreira est d’une grande sensualité, les gestes de ses modèles doucement chorégraphiés font songer à la peinture classique, les pieds nus qu’il se plaît à cadrer sont ceux de quelques magicien.ne.s de la terre.

Ancrage et légèreté.

Des mains arachnéennes se posent sur un dos féminin glabre.

Du lait dans une bassine touillé par des poings fermés.   

©Nuno Moreira

Le corps se déplie, ou se rassemble dans une position de protection.

Il invente l’espace, qui est une scène, un plateau de théâtre.

On peut penser à Bergman, au hiératisme de ses personnages, au mystère métaphysique des ténèbres qui les enveloppent.

On s’étreint, on pourrait se couper la langue comme dans un film surréaliste.

©Nuno Moreira

De toute façon, personne ne parle, quelle pourrait donc en être l’usage ?

Nuno Moreira construit des livres où le silence règne, dans une forme de solennité ou de sacré propice à l’apaisement de l’esprit.

On porte un masque, ou pas.

Le cou est celui d’un.e condamné.e.

©Nuno Moreira

Un œuf est tenu dans le creux de la main, comme dans un film scandaleux de Nagisa Oshima.

Des perles roulent, une danseuse nous offre des fleurs, l’obscurité où elle se réfugie est un gage de pudeur.

Nuno Moreira fait partie d’une famille de photographes dont l’Américaine Maura Sullivan pourrait être la marraine.

La peau frémit, la beauté est une femme aux lèvres fortes serrant ses longs cheveux contre elle.  

©Nuno Moreira

Regardée longuement, elle est une figure du désir, telle Nusch, sublime et audacieuse compagne de Paul Eluard.

On se touche, on s’étreint, on se fortifie.

On se contemple, on s’épaule, on s’abandonne.

Nuno Moreira est amoureux des dos, des visages, et du noir qui les sculpte.

©Nuno Moreira

Des femmes entrent en sous-conversation, mais sans articuler aucune phrase.

Leurs mots sont des gestes, des postures, des positions.

L’art du photographe lisboète est fait de délicatesse, d’attention au plus proche, de mouvements lents.

Nous sommes chez lui des somnambules, des êtres sous hypnose, des passant.e.s fantomatiques.

©Nuno Moreira

On se ferme les yeux, une main nous empêche de parler, on se cache les oreilles.

Nuno Moreira nous propose une expérience intérieure, et de rencontrer l’autre par la puissance du toucher.

Chez lui, la sensation haptique de l’existence est une poétique étrange et bouleversante.

Nuno Moreira, Zona, texte (portugais, anglais, japonais) José Luis Peixoto, autopublication, 2015 – 300 exemplaires

Nuno Moreira, She looks into me, préface M.F Sullivan, poème de Paul Eluard, texte Adolfo Luxuria Canibal, postface Jesse Freeman, autopublication, 2018 – 200 exemplaires

https://www.instagram.com/nmoreira/

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