
©Sabatina Leccia
« Aux confins des mondes, j’ai détissé les murs pour laisser entrer la lumière du soleil. / Elle est venue iriser nos espoirs perdus. / De nos ombres elle a fait rejaillir cette vie qui ne respirait plus. / Elle est venue apposer sur nos lèvres le souffle et la respiration que nous cherchions. / Elle nous a apporté rêve et beauté sur un monde dévasté et mourant. / Elle a fait renaître tous nos soleils couchants. »
L’œuvre, photographique et poétique, de Sabatina Leccia est un hymne au soleil.
Un soleil camusien, qui éblouit et dissout les formes.
Qui pulvérise les prétentions du moi.
Qui unit les vivants et les morts dans un feu de résurrection.
Avec Les poèmes du soleil, son premier recueil, l’artiste plasticienne regardant la Corse comme la terre de l’âge d’or poursuit la recherche rimbaldienne de traversée et métamorphose des apparences menant à la possibilité d’un dessaisissement de soi, évidence des présocratiques : « – Dans le soleil, tu habiteras toujours mon éternité – »

©Sabatina Leccia
Au centre de l’astre incandescent, devenu astre lui-même, il y a un enfant, décédé.
La vie a repris la vie.
En regardant fixement ce qui ne se regarde pas, il se pourrait bien qu’apparaisse un corps fragile.
Le voile est un linceul, mais c’est aussi la matière d’un embarquement.
Lyrique douce, emploi de l’anaphore comme apostrophe et marquage rythmique, simplicité profonde du lexique, thématiques issues du romantisme, notamment la présence d’une nature souveraine, tel est l’art poétique de Sabatina Leccia.
Ponctuées de photographies montrant des évanescences colorées, des silhouettes d’enfants, des irisations, des bleuités, des quasi monochromes, des épuisements de formes, les vingt poèmes de Sabatina Leccia sont à la fois emplis de douleur et d’apaisement.
Chaos et cosmos s’entremêlent dans le cours d’eau des mots.

©Sabatina Leccia
« Je me suis approchée près de la mer pour laver mon cœur épuisé. / J’y ai entendu les pleurs du soleil, / J’ai vu le sang de l’océan jaillir d’une montagne écorchée par les vents. »
On danse, on s’aime, on meurt, l’éternité réside dans l’éphémère.
Une île est une mer, est un ciel, est un enfant, est le diamant des vers.
En exergue, l’écrivaine cite l’auteur de Noces (1939) : « Une œuvre n’est rien d’autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l’art les deux trois images simples et grandes par lesquelles le cœur, une première fois s’est ouvert. »
Réflexion merveilleuse.

Sabatina Leccia, Les poèmes du soleil, Les Bonnes feuilles, 2026

©Sabatina Leccia
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