Un roman familial polonais, par Jean-Benoît Puech, écrivain

Ludwig Klimek

L’un des plaisirs des courts textes de Jean-Benoît Puech prenant place dans le cycle Petit théâtre des saisons est qu’ils sont à la fois fluides et énigmatiques.

On les lit d’une traite, mais il faut les relire pour être bien certain d’en avoir saisi l’ensemble des fils, et l’articulation générale.

Avec Un printemps polonais, l’auteur de Salon d’automne et Conte d’hiver nous offre une nouvelle fois une histoire de famille racontée oralement après-guerre par son père au narrateur.

La mémoire lui fait parfois défaut, mais il lui importe de se souvenir pour honorer le legs reçu : la rencontre, en Allemagne, en 1945, de Pascal, jeune lieutenant de division blindée, et Anastazia, jeune femme « déplacée » de Pologne, ayant quitté sur les conseils de son frère aîné Witold devenu communiste le domaine du comte Volonski, son père, dont il détestait le despotisme.

Son meilleur ami, Stanislaw, s’était fiancé avec Anastazia, mais, engagé dans la lutte contre l’occupation soviétique de son pays, celui-ci avait été envoyé dans un camp de Sibérie. Il ne revenait pas, on le pensait mort.

Un petit-garçon, François, était né de l’union d’Anastazia et de Pascal, mais la mère, durablement éprouvée par sa fuite à l’Ouest, mourut, alors que Satanislaw, « Chabert à l’envers », avait été libéré.  

Pascal s’était vite remarié avec Marie-Claire, et l’ami de Witold s’était attaché à l’enfant.

« Il révéla finalement à son jeune ami que sa mère véritable, décédée lorsqu’il avait quatre ans, n’était pas celle qu’il croyait, la modeste Marie-Claire qui l’avait élevé et qu’il avait toujours aimée, mais Anastazia, une petite comtesse de Bohême, la fille d’un artistocrate polonais. »

Tout va vite chez Jean-Benoît Puech, maître des ellipses savoureuses.

Dans une sorte de sous-voix, écrite en italique, le narrateur rapporte des propos de son père, notamment d’ordre historique, enrichissant encore le récit.

Le style paratactique fait parfois songer à Büchner (hypothèse à vérifier) : « Claquements d’ailes au-dessus des rochers, sifflement des marmottes, beauté et cruauté, gentianes bleues, boules blondes, regards croisés, parfum des primevères. »

Le roman familial se poursuit : François, voulant connaître le pays de sa mère, se rend en Pologne en 1967 – il a alors dix-huit ans -, où il rencontre son oncle Witold, devenu secrétaire d’Etat, et découvre le domaine des Prairies – propriété de son grand-père naionalisée -, transformé en complexe agricole et école d’agriculture.

Witold a changé, la foi en l’avenir du socialisme révolutionnaire s’est amoindrie, son passage à l’Ouest n’est plus qu’une question de quelques mois.

A la toute fin du récit, l’identité du narrateur est précisée, mais il n’est pas utile que je vous la délivre ici.

Le plaisir que l’on ressent à suivre les tribulations des personnages de l’écrivain, très attentif à la géographie et à la façon dont des ensembles familiaux se créent et se transmettent, est de l’ordre des joies de l’enfance : un grand embarquement, et un tissage des événements si serré qu’il n’est pas possible de décrocher.

Jean-Benoît Puech, Un printemps polonais, Editions La Pionnière (Drouet-sur-Drouette), 2026, 40 pages

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