
©Philippe Herbet
« En basque, liberté s’écrit Askatasuna. Six syllabes âpres, le mot n’est pas lisse. La liberté n’est pas gagnée d’avance, il faut se battre – ou laisser le vent décider. Askatasuna ne proclame pas la liberté, elle la porte en elle. » (Philippe Herbet)
Philippe Herbet est non seulement un excellent photographe, précis, discret, à l’œil aiguisé à propos de la condition humaine, mais aussi un écrivain doué, en témoigne son émouvant récit autobiographique paru chez Arléa en 2022, Fils de prolétaire (article alors paru dans L’Intervalle).
La publication chez Editions Bessard, dans la collection the11 mettant en relation photographes et créateurs d’entreprise, du zine en couleur impeccablement risographié – l’oxymore s’impose pour ce titre – Freedom permet une nouvelle fois de constater son double talent, ses visions au format carré étant légendées souplement par des textes pensés comme des flèches méditatives.
Ce deuxième ouvrage de l’auteur liégeois chez l’éditeur parisien – après Les Filles de Tourgueniev – est ainsi le fruit d’une collaboration avec Corinne Bruel et Laurent Morice, experts en développement touristique, qui lui ont prêté un camping-car afin qu’il arpente et documente à sa façon doucement ironique et joliment empathique les territoires de son choix.
Nous sommes avec lui au Pays basque, et aux franges de la Navarre, notamment dans les saisissants Bardenas Reales, semi-déserts propices à l’abstraction.

©Philippe Herbet
Ses images de légère espièglerie et d’allègre mélancolie forment une sorte de diary poétique composé aux frontières du songe, comme si l’on assistait à un rêve éveillé.
Sommes-nous des somnambules ? Rêvons-nous notre vie ? Rêvons-nous que nous rêvons ?
Sur ces thèmes vertigineux le moraliste chrétien Pascal est d’un grand secours.
Philippe Herbet aime inventer des histoires ou microfictions à partir des fragments de réalité qu’il cadre, qui ne sont pas des anecdotes, mais des condensés énigmatiques de vie : une joggeuse de rose vêtue, un cerisier en fleurs, un dos nu masculin sur lequel est écrit Destiny, des bouts de cactus s’échappant d’une demeure prestigieuse ayant reçu nombre d’artistes du début du XXe siècle.
Passage de surfeurs des deux sexes.

©Philippe Herbet
« J’aime regarder les personnes seules. Nous ne sommes pas tellement différents, chacun et chacune dans nos bulles. Les bulles montent, elles laissent des traînées dans leurs sillages, puis elles éclatent à la surface. Que cela soit clair, la solitude, la mienne est une des formes de ma liberté. Et c’est parfois insoutenable. »
Les bulles de Philippe Herbet sont des photographies ne craignant effectivement ni le vide, ni les signes minimaux.
Pas de remplissage donc, mais des isolats, comme si chacun de ses personnages – portrait unique, duo ou trio d’âmes dérivantes – était une île.
« J’évolue dans un monde flottant que je ne fais qu’effleurer sur la route, les chemins, dans les rues. L’écran déroule des images, je regarde, je regarde sans participer. Un rêve. Un fantasme. J’idéalise. J’invente. Je romance. Je projette ma nostalgie d’un paradis qui n’existe qu’un court instant entre des parenthèses. Mais tout est là. »
Tout est en ordre, les espaces et les temps communiquent, le Pays basque est un aimant, mettant en relation l’Extrême-Occident et l’Extrême-Orient.

©Philippe Herbet
« Je recherche, écrit encore Philippe Herbet, un autre temps que le mien, un temps qui précède ma naissance. Ce qui est curieux, c’est la sensation de disparition que j’éprouve en écrivant – je dirais même en recopiant. Là-bas, ce n’est pas moi. Maintenant ce n’est plus moi. Je ferme la main sur une poignée de sable. »
L’auteur est devenu nuage, trombe d’eau bleue, chevelure blonde, roche de montagne, camping-car blanc.
Comme dans la nouvelle de Marguerite Yourcenar, Comment Wang-Fô fut sauvé, le créateur s’est échappé dans sa propre création.

Philippe Herbet, Freedom, design Thibault Geffroy, the11 collection, Editions Bessard / Newfund, 2026
https://editionsbessard.com/product/freedom-signed-limited-edition-250/
Projet ayant bénéficié du soutien actif de Corinne Bruel et Laurent Morice